Le nez en l’air : le blog de Coincoin


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Le yeux d’Elsa

Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire
J’ai vu tous les soleils y venir se mirer
S’y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire

À l’ombre des oiseaux c’est l’océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L’été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n’est jamais bleu comme il l’est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l’azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu’une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d’après la pluie
Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L’iris troué de noir plus bleu d’être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d’un firmament pour des millions d’astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L’enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l’averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d’août

J’ai retiré ce radium de la pechblende
Et j’ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu’un beau soir l’univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa


Présentation de ce nouveau blog

Bonjour,

Voici un nouveau blog, constitué d’articles parus sur d’autres blogs, il y a quelques mois ; de là les commentaires que j’ai transférés par bloc en bas de chaque article… 

Ce nouveau blog sera consacré exclusivement à la philosophie, l’art et la prestidigitation ; à ce propos, le mot de passe pour accéder aux articles de prestidigitation est le nom de famille d’un célèbre magicien français, qui fut durant de longues années le magicien du Crazy Horse Saloon.

On y trouvera également quelques tranches de vie, le plus souvent humoristiques ou supposées telles.

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une excellente lecture,

Thibaut


Thibaut : La lutte avec l’ange part 2-1 : les lieux de passage

C’est donc dans le songe de Jacob qu’il nous faut à présent nous tourner afin de déceler à la fois ce mouvement ontologique d’identité du divin et de l’humain, et ce moment par lequel la divinité assure sa transcendance, avant que ne vienne l’équilibrer dans le matche nul la victoire de Jacob. Double tâche donc, qui délivre à la fois une information ontologique (identité de deux mondes) et un mouvement d’accomplissement de cette identité (le matche nul).

Comme je l’avais fait pour l’épisode de la Lutte, je reproduis ici le texte biblique de l’épisode du songe, afin que chacun ait en tête de quoi il retourne.

« Jacob donc, sorti de Bersabée, poursuivait son chemin vers Haran. Or, lorsqu’il fut venu en un certain lieu, et qu’il voulait s’y reposer, après le coucher du soleil, il prit une des pierres qui étaient là, et la mettant sous sa tête, il dormit en ce même lieu. Alors il vit en songe une échelle posée sur la terre, et dont le sommet touchait au ciel, et les anges de Dieu qui y montaient et descendaient. Et le Seigneur appuyé sur l’échelle, lui disant : « Je suis le Seigneur, le Dieu d’Abraham ton père et le Dieu d’Isaac ; la terre sur laquelle tu dors, je te la donnerai à toi et à ta postérité. Et elle sera, ta postérité, comme la poussière de la terre, et tu t’étendras à l’occident et à l’orient, au septentrion et au midi ; et EN TOI et en ta postérité SERONT BENIES toutes les tribus de la terre. Et je serai ton gardien partout où tu iras, et je te ramènerai dans ce pays, et je ne te quitterai point, que je n’aie accompli tout ce que j’ai dit. »

Quand Jacob fut éveillé de son sommeil, il dit : « Vraiment le Seigneur est en ce lieu, et moi je ne le savais pas. » Et, saisi d’effroi : « Qu’il est terrible, dit-il, ce lieu-ci ! Ce n’est autre chose que la maison de Dieu et la porte du ciel ». »[1]

A l’instar de la lutte avec l’Ange, dont Jung avait noté le caractère universel, le songe, et surtout l’échelle de Jacob, constitue également quelque chose de l’ordre de l’habituel, dans l’ordre du religieux. Toutes les religions, qu’elles soient issues du Livre ou non, possèdent ce que Mircea Eliade nomme une « porte vers l’en-haut, par où les dieux peuvent descendre sur la Terre et l’homme peut monter symboliquement au ciel. »[2] Autrement dit, toute tradition sacrée suppose au moins un point de passage, une « « ouverture » vers le haut »[3] où s’actualise l’interchangeabilité du divin et de l’humain, le fameux chiasme évoqué précédemment, où l’homme monte aux cieux, tandis que le divin ou l’angélique descend sur terre. Il faut ainsi un lieu sacré où s’opère cet échange, où s’effectue l’interchangeabilité des êtres, symbole de leur identité. Le songe de Jacob par lequel il voit la maison de Dieu est typique de ces lieux de passage, où le monde humain ouvre sur le monde divin, quitte à conférer à ces lieux une dimension d’effroi ou de terreur. « Ce lieu est terrible, dit Jacob », précisément parce qu’il révèle cette inquiétante similitude de deux mondes, parce qu’il impose à celui qui voit d’assumer le spectacle qui lui est offert.   

« Le symbolisme contenu dans l’expression « Porte des cieux » [expression présente dans le texte de Jacob], note Eliade, est riche et complexe : la théophanie consacre un lieu par le fait même qu’elle le rend « ouvert » vers en haut, c’est-à-dire communiquant avec le Ciel, point paradoxal de passage d’un mode d’être vers un autre[4]. »[5] 

Le lieu où s’accomplit le songe de Jacob est donc une illustration particulière du schème général de ces lieux sacrés où s’offre à l’homme la possibilité de rencontrer le divin et d’adopter son être, de changer de « mode d’être », pour parler comme Eliade. Une transformation ontologique est offerte à celui qui se trouve en ce lieu, transformation qui n’est guère aisée à mener à bien, ni même à accepter ; actualiser en nous ce mode d’être divin qui nous est proposé, c’est là la redoutable tâche que rencontre Jacob, et qui constitue le sens ontologique certain de son rêve.

 © Thibaut Gress



[1] Genèse, XXVIII, 10-17

[2] Mircea Eliade, Le sacré et le profane, Gallimard, coll. idées, 1965, p. 25

[3] Ibid.

[4] C’est moi qui souligne.

[5] Ibid. p. 26


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