Le nez en l’air : le blog de Coincoin


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Ahmad Jamal à Orléans : merci à Elise !

Ouahoh les amis ! Vous savez ce que Darling m’a offert ? Une place pour un concert d’Ahmad Jamal ! Bon alors forcément, j’ai mis du temps à dire « oui », histoire de me faire désirer, et puis aussi pour faire croire que j’ai une vie bien remplie. Bref, après avoir tenté de créer un semblant de suspens, voire de susciter une attente de la part de ma chère Darling, j’ai finalement accepté – au terme d’une rocambolesque histoire de réunion pour la prépa sciences-po, mais c’est une autre histoire… – et, dimanche 7 décembre, par une matinée ensoleillée quoique brumeuse, je me retrouvai dans un train Corail, saturé de nostalgie et de compartiments désuets, plus ou moins kitschement restaurés selon le goût effilé de notre époque qui n’en finit plus d’être contemporaine.

Donc après une petite heure d’un voyage étonnamment dénué d’imprévus et d’encombres, j’arrive à Fleury où m’attend Miss Darling, la tête fièrement vissée sous une casquette dont je ne cesse de louer le caractère Gavroche malicieux. Nous dégustons de délicieuses galettes bretonnes, avant de nous rendre, le cœur au vent, dans un hangar métallique (pléonasme ?) où se trouvent de magnifiques porcelaines à prix réduits, à faire pâlir tout limousin bien né, ce que nous ne sommes d’ailleurs pas. Après quelques emplettes réjouissantes – j’ai d’ailleurs pu trouver deux assiettes d’un snobisme que concurrence seul mon long manteau noir Pierre Cardin que je mets un point d’honneur à ne jamais fermer, fût-ce par -50° – nous revenons chez Elise, qui me cuisine avec amour – si j’ose dire – de l’autruche.

Après cette autruche snob – que pour un peu nous eussions dégustée dans les tasses à café que Darling venait d’acquérir pour une somme lamentablement modique au vu du prestige social qui devrait en résulter – nous repartons pour Orléans, dans une Fiat Punto conduite avec aisance et détermination par ma chère Elise. Quelques pas sur le bord d’une Loire romantique préfigurent de façon plaisante le concert qui vient. Bon, bien que je sois chauvin et parisianiste, au risque de me taper la honte en soutenant le PSG, je dois reconnaître que la Loire est bien plus belle que la Seine, et qu’il serait probablement bon de détourner la Loire pour la faire passer à Paris, afin de donner un peu de gueule à notre chère capitale. Enfin moi je dis ça, je ne fais que conseiller hein… Bref, après cette délectable promenade, nous nous engouffrons – car il faisait assez froid – dans le café du théâtre où, générosité aidant, j’offre à Darling un macaron paraît-il succulent. Puis, les tasses se vidant, nous quittons nos chaises afin de nous diriger avec excitation vers la salle où doit se produire Mister Jamal.

Ahmad Jamal, pour ceux qui ne connaîtraient pas, c’est un de mes dieux. Ok, ça ne vous aide pas vraiment à en avoir un portrait plus précis, mais, pour résumer, le trait le plus marquant de ce personnage me semble être qu’il est pianiste. Bon allez, pour ceux qui ne connaîtraient pas, afin de dissiper la honte légitime qui devrait vous monter aux joues, voici quelques échantillons.

 

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Hier, ce fut, comment dire, magique. Un toucher exceptionnel, un swing hors du commun, une jeunesse hallucinante pour ses 78 ans. Son jeu est magnifique, subtil, extraordinairement balancé ; il saute d’un ton à l’autre, d’une gamme à l’autre, au point de parvenir à ce que Jazzman appelle la « dialectique du pianiste » ; en une fraction de seconde, les sons graves et appuyés se muent en un effleurement cristallin et poétique ; la puissance passe dans la sensualité, avant que cette dernière ne se fasse malice. A peine la salle se laisse-t-elle emporter par le démon du rythme que Jamal change d’octave, et sautille vers une nuance intimiste, que seuls viennent gâcher d’interminables toussotements d’un public parfois pénible. Une telle poésie ne devrait pas se partager à plus de deux.

Si l’on ajoute à ce génie de la maîtrise du piano un regard coquin qui le fait jouer avec ses partenaires (James Cammack, James Bohnson et Manolo Badrena) au point d’improviser à de nombreuses reprises l’accompagnement, on ne peut que sortir de ce moment de grâce ébloui, et comme transporté par tant de beauté et de générosité. Après une standing ovation, Jamal nous offrira en effet, en reprise, deux morceaux sublimes qui comblèrent le public. Près de deux heures de grâce à l’état pur nous furent ainsi offertes et je remercie infiniment Darling de m’avoir convié à ce bel événement.


Martin Scorsese : Shine a light. Portrait des Stones en gothique flamboyant

On attendait beaucoup du film du géant Scorsese consacré aux immortels Rolling Stones ; immortels mais vieillissants et défigurés par d’effroyables rides barrant leur visage devenu vestige de drogues diverses dont on se demande, à voir l’énergie déployée sur scène, s’ils ont vraiment arrêté l’usage. Comment faire du beau avec du laid ? Comment réussir un film esthétisé à souhait à partir de quatre squelettes bondissants aux faciès fripés ? Telle était la délicate gageure de Scorsese, dont le film proposé, Shine a light, assoit définitivement le génie du réalisateur de Casino. Extraordinaire débauche de couleurs d’un gothisme flamboyant, images sublimes, Scorsese restitue la formidable explosion d’énergie que constitue tout concert des Stones, à partir d’une réalisation sans fautes, qui rappelle que les Stones sont, tout simplement, le plus grand groupe de l’histoire du Rock.

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Le film n’est pas monolithique, loin de là : les quelque vingt premières minutes sont consacrées à la préparation non pas du spectacle mais de la mise en scène ; un running gag organisé autour de la set list qui n’arrive pas, montre un Scorsese qui, tel un Woody Allen maladroit et hésitant, réclame sans trop y croire, quelques minutes avant le début du spectacle, la liste des morceaux joués, ne serait-ce que le premier afin de savoir si Keith enverra un riff ou si Jagger commencera a capela. Histoire de placer correctement ses caméras. Scorsese n’a droit qu’à une prise, une seule ; erreur interdite ; terreur maximale. On peine à croire que Scorsese ait réellement reçu, ainsi que le laisse accroire le film, la liste une minute avant l’entrée en scène, mais il est probable que les Stones, fidèles à leur habitude, n’aient pas vraiment préparé le coup. Du grand n’importe quoi, comme on aime.

Dans les préparatifs, on voit Scorsese apprendre que Bill Clinton sera présent ; « c’est un concert de charité ?! » s’exclame-t-il surpris, tandis que Jagger, plus mondain que jamais vient saluer la famille Clinton au grand complet ; Charlie, toujours sur la réserve, semble épuisé par ce protocole où il est visiblement mal à l’aise ; la mère de Clinton s’est déplacée. « Hello Dorothy » lance Keith sorti de nulle part, contrastant avec la retenue pudique de Charlie et les salamalecs de Jagger. Tandis que chacun sourit alors avec quelque niaiserie, ne sachant pas trop quoi se dire, Keith plus diablotin que jamais lance un « Clinton, ferme ta bush » brisant enfin la glace.

Puis arrive l’entrée en scène : Jumpin’ jack flash. Monumentale explosion. Un riff parfait. Jagger sautillant comme jamais, les dieux sont en lice. Fait rarissime : Ronnie tente un solo doublé d’un mouvement corporel. Trois fois cette séquence presque surréaliste reviendra dans le film ; oh, certes, le solo durera approximativement une dizaine de secondes, guère plus, mais la chose est si rare…

Le concert est entrecoupé d’images d’archives plus hilarantes les unes que les autres : un extrait de télévision américaine où un Jagger superbement insolent arrivant en hélicoptère dans un parc cossu s’apprête à débattre de la sexualité et de la débauche avec le rédacteur en chef du Times, un évêque, un représentant des jésuites et l’ancien ministre de l’intérieur et de la justice.

Des séquences japonaises révèlent une intervieweuse nippone hilare en apprenant qu’elle est née le même jour que Jagger, tandis que Charlie Watts, interrogé sur les causes du succès des Stones répond lapidairement, après la prolixité de Jagger, « Really, I don’t know… »

Lorsque Jagger présente les musiciens, il en profite pour assurer à Ronnie « They love you », rappelant avec perfidie combien Wood est mal accepté par les fans ; demandant à Charlie de dire « Hello », il obtient de ce dernier un « hello » minimaliste, incitant Jagger à commenter ainsi : « he speaks ! » sous les hourras du public. Ca rappelle un peu les trois mots de Charlie à l’Olympia en 2003 qui avaient suscité l’hystérie de la foule. Puis arrive Keith « on the guitar and now on the vocals », enveloppé dans un grand manteau, clope au bec, baigné d’un sourire mi ange mi démon. Nouvelle formule : exit le « It’s good to be here, it’s good to be anywhere ! », bienvenue à un « it’s good to see you… It’s good to see anybody » La foule exulte. Excellente interprétation de You got the silver

Après que Keith eut poussé la chansonnette, Jagger revient ; Scorsese souhaitait que Jagger arrivât sous un éclairage orangé rappelant la chaleur de l’enfer pour Sympathy for the devil ; cela avait donné lieu à un échange assez comique entre le réalisateur et le machiniste, remarquant qu’au-delà de 14 secondes, Jagger prendrait feu, appelant un commentaire de Scorsese ; « on ne peut pas mettre le feu à Mick Jagger » Mais Scorsese voulait l’effet luministe, et l’arrivée de Jagger dans ce ciel de flammes est tout simplement fabuleuse.

On pourra oublier rapidement le duo avec Christina Aguilera sur live with me mais le start me up restera certainement dans les annales ; le riff de Keith est gigantesque, bien que ce dernier trouve le moyen de se planter sur l’intro de Satisfaction. Les plus fans d’entre nous diront que ce sont ces plantages qui nous les font aimer. N’oublions pas un duo avec Buddy Guy, « Buddy fucking mother Guy » plaisanta Jagger, extraordinaire moment de blues, d’improvisation aussi, Buddy Guy jouant avec bonheur avec l’harmonica de Jagger tandis que Richards tournait autour de Guy, le tout proposant un magnifique moment de blues.

Ce film est, pour ceux qui aiment les Stones, tout simplement fabuleux ; des morceaux rares y sont interprétés (Shattered, all down the line, loving cup, as tears go by), la réalisation est infiniment supérieure à celle du coffret 4 dvd dont j’avais pu ici même dire tout le mal que j’en pensais. Le son est extraordinaire, et Scorsese filme les Stones comme jamais on ne le fit, mettant en valeur le jeu de scène de Jagger impressionnant de puissance et de domination pour ses 64 ans. Les guitares ne sont pas noyées par les cuivres ni par l’insupportable synthé de Chuck Leavell,

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Je ne finirai pas cet article par un cliché du genre : « les Stones rajeunissent sur scène », mais je tiens néanmoins à souligner que l’essentiel de la salle était jeune, d’une moyenne d’âge de 30 ans environ ; seul bémol, il y a un côté parfaitement ridicule à se trouver dans une salle statique réprimant tout mouvement – à la notable exception du spectateur présent devant nous qui, au début, n’hésitait pas à lancer son bras en rythme dès que Richards balançait un riff –  lorsque la musique des Stones incite au contraire à se déhancher follement. La salle fige le spectateur, hélas, mais telle était la rançon d’une bonne visibilité des images par tous, la position sagement assise rappelant toutefois que nous n’étions que dans une salle obscure brisant au fond l’illusion scénique.  


Shine a light de Scorsese : bande annonce

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Bob Dylan like a rolling stone

Hum, j’ai dit beaucoup de mal du dernier dvd des Stones, principalement de ce pauvre Keith Richards qui n’en méritait peut-être pas tant mais en découvrant cette vidéo de 1997 où Bob Dylan vient chanter Like a rolling stone en compagnie de mon groupe préféré lors du Bridges to Babylon tour, je me trouve soudain rempli d’une immense indulgence pour the world’s greatest rock’n'roll band.

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François-René Duchâble et Antoine Hervé régalent dans la boîte à musique.

J’aimerais partager cette vidéo merveilleuse où Duchâble interprète avec un génie absolu la Campanella de Lizst, morceau redoutable qui est ici superbement joué. En prime, un aperçu d’un piano sur lequel Beethoven et Lizst ont joué tous les deux et sur lequel Duchâble joue quelques notes. Sublime !

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Et après cela, une leçon magistrale de jazz par Antoine Hervé, pianiste classique mais aussi figure marquante du jazz contemporain.

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Longue vie à cette si belle émission !


Intrigue autour de Can’t you hear me knocking des Rolling Stones

Je vais encore passer pour un monomaniaque auprès de Darling mais une chose m’intrigue : pourquoi donc l’intro de Can’t you hear me knocking des Stones n’est-elle jamais jouée en entier lors des concerts ? La réponse est connue mais relève presque de la légende : Keith Richards aurait dit quelque part qu’au moment de jouer la partition sur l’album, il était totalement shooté à l’héroïne et que cet état un peu particulier l’avait incité à atteindre un niveau de maîtrise qu’il ne pouvait en aucun cas retrouver dans un état normal. Alors, juste pour le plaisir, voici la version originale, avec l’intro jouée à la perfection ; c’est juste phénoménal…

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The biggest bang ou le désolant naufrage de Keith Richards : tristesse…

Pour un fan des Stones, l’arrivée d’un coffret dvd live est l’occasion de réjouissances ; c’est le moins qu’on puisse dire. Puis le fan regarde, écoute, réécoute, et reregarde ; hélas, bien vite, il se ravise. Les Stones, aujourd’hui, c’est Jagger ; Jagger et personne d’autre. Ou alors Charlie, à la batterie ; sans plus. On savait que Mick Taylor n’avait pas été remplacé, malgré le plaisir que Wood semble prendre sur scène ; on savait aussi que Jones était un cran au-dessous de Wyman (mais la basse, bon, c’est moins dramatique) ; mais on savait moins que Richards était aux abonnés absents lui aussi. Certes, cela fait plus d’une décennie qu’il laisse échapper bien souvent quelques notes fausses, qu’il ne se soucie plus de l’exactitude parfaite, de même que Jagger n’a jamais vraiment chanté juste. Mais il lui restait les riffs, l’agressivité, le jeu incroyable de rage musicale. C’est cela qui a aujourd’hui disparu ; exit les intros endiablées ; il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter Honky tonk women, Paint it black, et même Can’t you hear me knocking. Il n’y a plus rien, ou presque ; quelques notes alignées puis ça cesse ; comme ça, sans raison autre que l’arthrite qui lui bouffe les doigts, ce qui est déjà beaucoup. Aaah, comme elle semble loin désormais la folie communicative de ce Rip this joint

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Les Stones, pour moi, c’était avant tout la guitare, la gratte comme disent les vrais fans ; aujourd’hui ce sont des cuivres et l’insupportable clavier de Chuck qui masque tant bien que mal les fausses notes de Richards tandis que les saxos jouent à la place de Ronnie. Charlie est là, évidemment ; le métronome a survécu à son cancer, et parfois même on lui  surprend un sourire ; mais il est bien seul, en retrait, avec sa set list quotidienne. Jagger assure quasiment à lui seul le spectacle ; il bouge, il remue, il chante, il exulte, il harangue, il électrise. Et ça prend. Les Rolling Stones, c’est un spectacle plus qu’un concert désormais et Jagger n’y est certainement pas pour rien. C’est pourquoi, tout n’est pas à jeter dans ce coffret dvd, on ne peut pas nier que the biggest bang ait quelques belles envolées, notamment sur le premier opus où figure le concert d’Austin – hélas incomplet. Mais où est passée l’agressivité de Brown Sugar ? Où sont les soli sur Sympathy for the devil ? Pourquoi l’intro de Rough justice est-elle si raccourcie alors qu’elle ouvre avec majesté leur dernier album ?

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Les grands standards des Stones sont hélas devenus une soupe où tout se confond : guitares inaudibles, noyées sous une pluie de cuivres d’où surnage le piano de Chuck Leavell, avec de temps à autre, la criarde intervention de Lisa Fisher. Et je ne parle pas des chœurs omniprésents, paroxysme de l’atténuation odieuse de ce que la musique des Stones comportait comme énergie déferlante. Parmi les massacres réguliers, Gett off my cloud, Brown sugar, Satisfaction, Honky tonk women, et, par-dessus tout, Happy. Cette chanson qui avait été écrite par Keith est faite pour être hurlée, beuglée même. Rappelez-vous les duos de Jagger / Richards en 72, où véritablement s’exprimait toute une époque ; elle est désormais inaudible, presque confidentielle ; Richards sait qu’il a perdu sa voix, qu’il l’a « bousillée » comme il aime à dire, mais pourquoi vouloir encore chanter ce morceau qui devrait rester une explosion d’énergie incontrôlée ? Rien que pour le plaisir, voici une version de 1972, parfaite, superbe, explosive…

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Le vrai drame des Stones, aujourd’hui, c’est Richards ; toute la machine est faite pour dissimuler, non pas Ronnie Wood qui est ainsi depuis plus de trente ans, mais pour masquer les fausses notes de Keith, ses manquements, ses arrêts même en plein morceau ! Lui qui était le roi des riffs, lui qu’on surnommait Keith Riff hard, n’est plus en mesure d’assurer ce pour quoi il était si génial : la guitare rythmique ; il ne peut plus soutenir les morceaux, avec cette violence inouïe, comme il a su le faire pendant plus de trente ans. Il n’y arrive plus, ça se sent et surtout ça s’entend. Pis, ça se sait. Des journalistes suédois l’ont accablé récemment, après le passage des Stones en Suède le 3 août ; qualifié de « complètement saoul sur scène », Richards s’est vu attribuer une note extrêmement faible pour sa prestation tandis que Jagger avait été jugé excellent. Piqué au vif, Richards a écrit à un grand quotidien de Stockholm afin de démentir et de préciser qu’il avait fourni un « bon spectacle », tout en réclamant des excuses. Réponse du journaliste : « C’est plutôt Keith qui devrait s’excuser. Il en coûte 1 000 couronnes (145 US $) pour voir une rock star qui éprouve désormais de la difficulté à jouer le riff de Brown Sugar. »[1] Hélas, il semblerait que ce soit le journaliste qui ait raison.

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Je ne suis pas un nostalgique absolu de Mick Taylor et je trouve très bon l’album Steel wheels, tout comme la tournée Urban jungle qui a suivi ; mieux que cela, j’ai plutôt aimé le dernier album, et suis un peu agacé devant les fans qui estiment que les Stones n’ont existé que de 1969 à 1973 ; le purisme excessif a quelque chose de ridicule. Le fameux concert de l’Olympia au cours de la tournée pour la promo de Fourty licks fut mémorable, malgré les errements de Wood et les intros bâclées de Keith et ce, nonobstant l’absence de Taylor. Ce qui a réellement changé, c’est que Keith est devenu un guitariste banal, habituel, sans forces, éreinté.  L’âme du rock s’éteint, progressivement, en laissant derrière elle des merveilles mais en ne trouvant devant elle que le naufrage de la vieillesse, et l’arthrose assassine pour celui qui fut l’inoubliable soutien rythmique du World’s greatest rock’n’roll band



[1] AFP, 29 août 2007


Jambalaya d’Eddy Mitchell : le retour aux sources

Et pour changer un peu, si je parlais de chanson française ? 

Le dernier album d’Eddy Mitchell m’en donne l’occasion et m’offre même la possibilité d’en dire du bien ; ceux qui me connaissent seront du reste surpris de m’entendre chanter les louanges d’un album de Monsieur Eddy, tant j’ai passé ma vie à déplorer le caractère inaudible de ses paroles, son articulation défectueuse et, lorsqu’il était chanteur des Chaussettes noires, la faiblesse des textes … 

Mais pour Jambalaya[1] le crooner de 65 ans (et oui !) s’est surpassé et offre au public un excellent album. A l’instar des Rolling Stones qui avaient promis un « retour aux sources » pour leur album A bigger bang et de Johnny qui revient au rock pur et dur dans le Flashback tour, Mitchell effectue lui aussi un retour aux fondamentaux sur la plupart de ses titres et régale les auditeurs, pour peu que ceux-ci apprécient la country et le rock véritables.

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Ca démarre de la meilleure des façons qui soient, avec un solo piano (plus contrebasse) pétri de contretemps et joué par l’excellent pianiste de blues Dr John dont on peut trouver quelques échantillons sur le disque sublime concocté par Clint Eastwood dans le film éponyme, Piano Blues[2]. La mélodie est bluesy à souhait, le piano sublime, la Nouvelle Orléans y palpite à chaque mesure et c’est un régal malgré les attaques un peu simplistes contre W Bush dans le texte : « Des promesses du Texan 

Menteur mais pourtant président. »… 

 Ca se poursuit avec une mélodie très agréable, assez far-west dans l’esprit, avec des paroles assez comiques qui en remettent une couche sur W Bush : 

« Que d’autres présidents sont décédés 

Qu’y a un nouveau va-t-en guerre, ex-alcoolique, 

Dont les neurones sans servir sont usés. » 

Bah, ça ne mange pas de pain… 

Puis une mélodie du genre Alice (on retrouve Pierre Papadiamandis dans la musique) ralentit le tempo très rapide des deux premières chansons. C’est sympa, mais un peu vide. 

Retour au rock et aux guitares avec le quatrième titre : Ca le fait. Chanson assez amusante sur les rapports hommes / femmes. 

Excellent cinquième titre avec un riff de guitare obsédant, très proche de Jumpin’ Jack flash. Il suffirait de mettre Keith Richards à la guitare et ce serait vraiment un rock endiablé, qui passerait volontiers en tournée. 

Aaaaaaaaah Dieu que j’aime le sixième titre : On veut des légendes… Le clip, tout d’abord, qu’on peut visionner ici, qui est proprement hilarant, avec Johnny et Eddy en cow-boys amusants, qui sauvent une superbe jeune femme enlevée par un gangster. 

La mélodie ensuite, avec des sons très far-west sur un tempo très rock, chantée en duo avec Johnny ; Eddy commence le premier couplet, un accord permet une montée chromatique et Johnny prend la relève ; puis ils inversent l’ordre et c’est Mitchell qui remonte par rapport à Johnny par un gémissement de crooner tout à fait jouissif ; les duos sur les refrains où chacun est alternativement mixé en avant sont absolument jouissifs et la mélodie, après deux ou trois écoutes, devient vite obsédante. 

A noter, l’avis d’un internaute de la Fnac qui refuse d’acheter le disque parce que… Johnny soutient Sarko (à lire ici pour rire un peu…) 

 Excellente ballade country qui fait suite au duo : les paroles sont très drôles, le rythme fort entraînant, le refrain très festif, et pour une fois Mitchell articule ! Les violons s’en donnent à cœur joie, les animaux aussi (il y est question de l’Arche de Noé…) et Mitchell se contente même de parler sur certains vers tellement l’ensemble tient la route. 

Premier déchet du disque avec Paloma dort. Le texte est très bon, signé Marie Nimier, mais la mélodie ne s’accorde pas du tout avec les paroles. Dommage. 

Une petite bossa nova, signée Henri Salvador, succède à Paloma. Sympa, sans plus. 

Quatrième excellent titre avec Y a un bon Dieu ; tempo très proche de Dans mon île de Salvador (c’est d’ailleurs lui qui a signé la musique), paroles excellentes, très romantiques mais dénuées de niaiserie, magnifiquement portées par une voix fort langoureuse de Mitchell. A écouter sans relâche… à deux.   

On peut oublier Excusez votre honneur, morceau assez insipide. 

Retour à une espèce de pop avec Je ne t’en veux pas ; je ne sais pas pourquoi mais la mélodie me rappelle une musique très célèbre d’un film américain non moins célèbre. Si quelqu’un a une idée, je suis preneur. J’avais pensé à Pulp Fiction mais après vérification ce n’est pas ça. Bref une mélodie très proche d’un air anglais, très sympa qui plonge avec un vrai bonheur dans l’insouciance festive des années 60 bien que le texte soit une charge violente contre les téléchargements de musique en ligne…  Second énorme choc de l’album : le trio avec Johnny et … Little Richard ! C’est une reprise du classique d’Eddy Cochran, Somethin’ else. Ca commence par Mitchell, ça se poursuit par Little Richard qui pousse ses petits cris et ça se conclut par Johnny. Il ne faut pas se voiler la face, le jeu de guitares est trop saccadé, Mitchell n’est pas d’une puissance suffisante sur le premier couplet et Little Richard n’a plus grand chose à voir avec celui qu’il était dans les années 60 ce dont on avait déjà pris conscience à l’écoute du dernier  album de Jerry Lee Lewis. Mais, à les écouter tous les trois s’amuser sur ce titre enregistré à Los Angeles, et nous voilà repartis en pleine période de l’âge d’or du rock’n’roll, aux paroles simples mais aux rythmes géniaux. Les « ouhouh » de Little Richard ont certes succombé à l’épreuve du temps, mais il demeure quelque chose de cette liberté à l’égard de la mélodie stricte qui se retrouve avec joie chez LR tandis que Johnny retrouve les accents de ses jeunes années lorsqu’il balance ses fameux « ouah ! elle est terrible ! » 

Le dernier titre, chanté en anglais par Mitchell, conclut en beauté ce très bel album : de la pure country pour finir, empruntée à Hank Williams, où Mitchell en profite pour faire chanter un certain monsieur Paul (« que voili que voiça ! ») qui chante presque mieux que lui, et remercier ses invités (Dr John, Johnny et Little Richard). 

Une très belle fin donc, qui donne envie de réécouter immédiatement l’album, et de retrouver le son et le rythme un peu oubliés en France du véritable folklore américain.



[1] Le nom de l’album est tiré d’un plat typique du sud des Etats-Unis, à base de céleri, d’ail, de poivrons, de tomates, de chorizo, de girofle, de thym, de laurier, etc.

[2] Piano blues, produit par Martin Scorsese, Columbia.


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