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Amboise tour V : Chaumont

Le dernier jour à Amboise fut celui de l’hésitation ; que faire avant le départ du train ? Quel château visiter ? Une certitude et une seule : il me fallait retourner une troisième fois ( ! ) au Clos Lucé acheter des cartes postales de dessins de Léonard. Nous le fîmes, non sans avoir un peu vadrouillé dans Amboise avec le poids de la fatigue des deux jours écoulés, où nous trouvâmes essentiellement des touristes se plaignant de la présence des touristes et des gens.

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Nous repartîmes donc une fois de plus au Clos Lucé, nous achetâmes nos petits souvenirs plus ou moins idiots, et nous revînmes au centre ville, où enfin nous pûmes tester le restaurant chaudement recommandé par notre hôtel, l’Epicerie (46 place Michel Debré) Hé bien nous ne fûmes pas déçus. Si si ! Pour une vingtaine d’euros, on y mange excellemment ! que ce fût la daurade – plat féminin paraît-il – de Marie, ou mes rillons, je crois pouvoir dire que nous nous régalâmes allègrement, jusqu’au dessert qui, enfin, s’avéra délicieux. Donc pour ceux qui auraient envie de très bien manger, lors d’un ptit séjour à Amboise, Marie et moi vous le recommandons sans réserve, et nous en profitons pour rappeler l’adresse : l’Epicerie, 46 place Michel Debré. (Nous ne possédons aucune action dans ce restaurant mais si vous y allez, vous comprendrez le plaisir que nous y avons pris…)

Après ce suave repas et quelques cartes postales rédigées, nous retournâmes chercher nos affaires à l’hôtel, non sans avoir cherché en vain – mais avec opiniâtreté – un bonnet aux armes et nom de la ville d’Amboise pour un mister B que la décence m’interdit de nommer. Puis nous nous dirigeâmes vers la petite gare où nous étions arrivés l’avant-veille, avec un dernier regard vers le château lors du passage sur le pont séparant les deux rives. L’inscription avait été effacée de la vitrine du charcutier, et nous patientâmes de longues minutes sur le quai de la gare, le train accusant un retard d’une vingtaine de minutes, sans que la moindre information ne nous explique le pourquoi du comment, ni même le comment du pourquoi. SNCF, à nous de vous faire préparer la voiture…

9 minutes plus tard, nous arrivions, chargés comme des mules, en gare d’Onzain, petite ville où se trouvait le château de Chaumont, château que Marie, un peu comme une vengeance par rapport au vélo, avait unilatéralement décidé de visiter. Un peu fatigués, nous quêtions du regard une quelconque indication géographique quant à la direction à prendre pour trouver le château, quand nous décidâmes de demander conseils à deux femmes indigènes, fort aimables : ces dernières, voyant notre probable piteux état, nous prirent en affection et se proposèrent de nous amener en voiture au lieu recherché. Nous acceptâmes, et, au fur et à mesure que nous roulions, nous nous décomposions silencieusement en songeant au retour, tant paraissait interminable ce chemin reliant la gare au château.

Arrivés aux pieds de l’imposante bâtisse, nous remercions nos adorables accompagnatrices, achetions une bouteille d’eau, rassemblions nos nombreux bagages, et nous préparions psychologiquement à affronter les quelques marches menant au château ; « plus de dix minutes de montée », nous assura la préposée aux billets, avec un sourire mi-sadique, mi-compatissant. Je regardai Marie d’un air qui se voulait culpabilisateur, mais « femme dispose », donc nous montâmes, sous le soleil et les sacs. Arrivés au terme de l’ascension, Marie avait perdu son billet, qu’elle retrouva finalement au fond de son sac, et nous pûmes donc, après avoir abandonné nos bagages à une employée, découvrir les caves du château où avait lieu une exposition d’un « artiste contemporain », paraît-il fort illustre, Jannis Kounellis.

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Je cite le prospectus, par pur mauvais esprit : « Jannis Kounellis est l’invité du Château de Chaumont-sur-Loire pour une durée de trois ans. Figure majeure de l’art contemporain depuis la fin des années 1960, Jannis Kounellis est l’un des représentants phares de l’ « arte povera ». » Bon, ce qu’il faut toujours avoir en tête avec l’art contemporain, c’est qu’on ne dira jamais d’un artiste qu’il est bon, doué ou génial, on dira qu’il est une « figure majeure », ou « très en vue », c’est le premier principe de base, et à ce petit exercice, Kounellis est très très contemporain ; l’œuvre importe moins que la reconnaissance, la qualité s’efface devant le mondain. Que fait donc cet illustre personnage ? « Révélé dans les années 1970, il a bâti une œuvre immense, nourrie de sacré et de mystère, qui associe peinture, sculpture et architecture. » Il est vrai que Kounellis met du sacré partout ; dans les toilettes, par exemple, où sur un fond exquis de carreaux en faïence, il place un poteau boisé au bout duquel pendouille une cloche ; on reste sans voix.

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Et que dire également de la cave où son génie s’exprime par ces deux gros sacs gris pendouillant mollement au plus près du sol ? L’émotion étreint, quelque chose comme la présence du divin susurre à qui sait se rendre attentif ; l’homme normal, lui, pouffe.

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Après ce regrettable moment de pitoyable bouffonnerie cultureuse, nous pûmes visiter les autres pièces du château, achevé en 1510, et devenu objet de transaction entre Catherine de Médicis et Diane de Poitiers, lorsque la mort d’Henri II contraint cette dernière à céder Chenonceau et accepter Chaumont en compensation. Toutefois, l’intérieur fut aménagé par la famille de Broglie au XIXème siècle, dans un style gothique ou Renaissance, le mobilier ayant donc été acheté a posteriori.

La salle du conseil est particulièrement réussie, grâce au rachat par les Broglie d’un carrelage majolique provenant de Palerme, absolument somptueux ; les restaurations récentes ont mis en pleine lumière cet extraordinaire carrelage, et c’est certainement la pièce la plus surprenante de ces lieux.

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La chambre de Catherine de Médicis, bien moins imposante qu’à Chenonceau, n’en présente pas moins une jolie collection de médaillons, ainsi qu’un portrait de Miss Catherine.

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Enfin, en sortant du château, de grandioses écuries peuvent être visitées, bien qu’elles datent de 1877, et révèlent bien plus la vie mondaine des Broglie qu’une quelconque activité renaissante ou classique.

Après cette visite, qui nous fit rater un train, il nous fallut repartir, à pieds cette fois, vers la gare ; redescendre les marches, traverser un pont immense, se perdre dans les petites rues de la ville, regarder frénétiquement sa montre, telles furent nos ultimes activités lors de ce petit périple, commencé dans le 37 et achevé dans le 41, auquel la dernière note de ce blog rend un hommage sous forme de private joke… (non, ce n’est pas le coup des trains qui roulent à gauche en France…)

http://www.dailymotion.com/video/x4ffpm


Amboise tour IV : Chenonceau

Après une nuit assez courte, entremêlée de bruits de tuyauterie plutôt mal venus vers 5h00 du matin, nous tentâmes un réveil, qui nous mena tout droit au petit déjeuner (meilleur petit déjeuner de France, dit-on, ceci étant une private joke). De concert avec moi-même, je décidai que nous irions à Chenonceau en vélo, idée qui fit l’effet d’une progressive décomposition sur Marie ; pour la rassurer, je demandai à l’office de tourisme, indispensable lieu de vie de l’estivant, s’il y avait le moindre danger. Bien mal m’en prit, la préposée dressa un tableau apocalyptique du trajet, qui eût certainement découragé Jean Sans Peur en personne. Marie, qui n’avait pas pratiqué le vélo depuis une quarantaine d’années, craignait que le voisinage des camions sur l’autoroute ne la troublât. Le moment était idéalement choisi pour affirmer – ou plutôt réaffirmer – mon autorité de mâle incorruptible, et nous partîmes donc le cœur joyeux, surtout moi, à l’assaut des routes vallonnées de l’Indre et Loire.

Après un indispensable arrêt au Clos Lucé où, intelligemment, j’achetai deux gros livres de Pedretti, lestant ainsi mon sac et rendant le franchissement des côtes plus pénible encore, nous nous retrouvions dans une adorable forêt, fraîche et humide, où bien évidemment, faisant la course en tête grâce à de puissants mollets exercés à monter chaque jour la montagne Sainte Geneviève, je laissai passer la bifurcation vers le chemin idoine, et entraînai ma partenaire d’infortune sur la mauvaise route. Malgré ce drame, quelque vingt minutes plus tard (qui nous semblèrent interminables), nous arrivâmes à bon port, et garâmes nos montures avec élégance. Chenonceau était à nous.

La première chose qui vous prend à la gorge, lorsque vous arrivez en pareils lieux, ce n’est pas, justement, le lieu, mais ceux qui l’occupent ; Chenonceau est pareil à une gigantesque fourmilière où de gros moustachus dégustent une glace tandis que leurs gracieuses épouses à teinture rougeâtre giflent le petit dernier, coupable d’avoir révélé son profond ennui. Ca hurle, ça braille, ça crie, ça téléphone, et ça photographie ; une débauche de photos : combien de touristes entrent-ils dans une pièce, immortalisent un blason, et ressortent aussitôt, soulagés de n’avoir pas à rester une seconde de plus mêlés aux « gens », toujours trop nombreux, dans un endroit où chacun souhaiterait être seul, bien entendu. Nous n’échappions pas à la règle, encore que nous n’avions emporté ni mômes, ni glaces, et que nous ne disposions que d’un seul appareil photo : touristes médiocres, certes, mais humains racés néanmoins, non mais sans blague !

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Afin d’éviter temporairement la foule, je suggérai avec malice de ne pas entrer directement dans le château, mais de commencer par flâner dans les jardins, afin de visiter le bâtiment lorsque « les gens » prendraient leur repas, oubliant un peu vite que nous aussi, nous allions devoir manger. Donc nous baguenaudâmes gaiment, le long des rives du Cher, si je ne m’abuse mon cher Docteur (c’est plus drôle à l’oral), d’où la vue sur les façades était rien moins que splendide. Cf. photos gracieusement fournies par l’auteur.

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Bien vite la faim nous assaillit : une sorte de self-restaurant était prévu à cet effet, et nous patientâmes vingt bonnes minutes au bout d’une queue dense, sous un soleil qu’en d’autres temps j’eusse qualifié d’effroyable. Un melon insuffisamment mûr servit d’entrée et nous prîmes des hamburgers maisons, cuits sous nos yeux, en une vitesse éclair, à tel point que l’on se prit à douter qu’ils le fussent – cuits. Du reste, ils ne l’étaient pas. Moins gras donc moins bons qu’au Mac Donald, ils présentaient toutefois le vif avantage de respecter l’impératif contemporain de traçabilité, ce qui présenta un aspect consolateur non négligeable. Quelque peu accablés par la fatigue du vélo, et l’obstination presque insolente du soleil, nous restâmes de longues minutes à l’ombre du parasol salvateur, sous lequel nous guettions les enfants dont le physique laissait entrevoir des doutes quant à la paternité réelle du père officiel. Peine perdue, nous nous révélâmes plutôt mauvais à ce jeu, que nous décidâmes d’abandonner rapidement.

Le cœur gonflé de courage et du souvenir du prix du billet, nous retournâmes vers le château et fendîmes la foule d’un air décidé. Après avoir passé la lourde porte peinte et sculptée, nous pénétrâmes la salle des Gardes, intéressante par les restes de majoliques. Et autant nous pleurâmes devant la déco kitschissime du Clos Lucé, autant celle de Chenonceau nous émerveilla. Nulle tentative anachronique ni décors de carton-pâte ne défiguraient les lieux, ruisselant de tapisseries superbes et de rumeurs diverses. (les photos sont prises sans flash, d’où le caractère flouté de celles-ci)

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Ainsi la Cheminée dans la chambre de Diane de Poitiers où les initiales de Catherine de Médicis et d’Henri II s’entrelacent afin de former un D, s’avère-t-elle porteuse d’un symbolisme intéressant ; l’extraordinaire cabinet vert, cabinet de travail de Catherine de Médicis, comporte pas moins de 8 toiles de maîtres, dont deux Tintoret, un Véronèse, un Poussin, etc. La pièce est certes un peu surchargée, mais sans que cela ne nuise trop fortement à la beauté de l’ensemble. La librairie adjacente contient un Corrège, un Bassano et moult autres petites toiles ou gravures, toutes aussi gracieuses les unes que les autres.

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On trouve dans la chambre de François Ier une cheminée superbe, ainsi – et surtout – qu’un cabinet de travail italien, incrusté den acre et d’ivoire, gravé, dit-on, à la plume… C’était le cadeau de mariage de Marie Stuart… Un tableau de Van Loo, les trois grâces, représente les demoiselles de Nesle, sœurs de Louis XV. Le tableau n’est pas extraordinaire en lui-même mais s’inspire visiblement d’un topos renaissant, la ronde des trois grâces, conférant à la pièce une sorte de fluidité et de légèreté exceptionnelles.

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Le salon Louis XIV, moins harmonieux que la chambre de François Ier, mais plus luxueux, propose un cadre hors du commun d’un portrait du roi par Lepautre, ainsi qu’une petite console tout à fait remarquable. Le salon devint au XVIIIème un lieu philosophique incontournable, Rousseau y rédigeant l’Emile, sous le haut patronage de Louise Dupin, aïeule par alliance de la regrettable Aurore.

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A l’étage supérieur se trouve une impressionnante concentration de femmes de pouvoir, dont les chambres évoquent la Reine Margot (épouse d’Henri IV), Marie Stuart, puis Catherine de Médicis, Gabrielle d’Estrées et bien d’autres encore.

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En sortant de cet illustre château, nous sommes encore sous le charme de ses splendeurs et de ses secrets d’alcôve sur fond de rivalités qu’on imagine féminines, et les jardins qui nous attendent achèvent de réjouir le plaisir visuel. Assis sur un banc ombragé, nous nous reposons après cette magnifique mais épuisante visite, avant de nous décider à reprendre la route, en vélo. En retournant vers nos écuries à bicyclettes, nous faisons un petit détour par le labyrinthe de deux mille ifs, à l’issue duquel trônent quelques imposantes cariatides, sur lesquelles je ne dirai rien, parce que le guide n’en « cause » pas, comme dirait Camille.

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Le retour en vélo fut tout aussi grotesque que l’était le kitsch du Clos Lucé ; prenant les petits sentiers cyclables, nous dûmes traverser des zones rurales, c’est-à-dire canées, et nous dûmes faire face à l’angoisse de nous faire poursuivre par des chiens aux babines peu avenantes ; interrompant notre périple, nous nous arrêtâmes devant deux molosses, dont nous ne parvenions pas à voir si les portes censées les maintenir éloignés étaient fermées. Nous savions ce qu’il ne fallait pas faire, nous le fîmes. Nous arrêtant, hésitant, repartant, puis revenant, nous ne fîmes que les exciter, avant que je ne me décide à demander à Marie de passer la première, ce qu’elle fit… Elle passa sans encombres, je lui emboîtai alors le pas, remarquant que la porte était en fait poussée et non fermée, si bien que les deux sales bêtes coupables de pollution sonore réussirent à entr’ouvrir la porte exactement au moment où je passai. Nous accélérâmes et arrivâmes en vie à l’hôtel.

Marie m’ayant appris que j’avais réussi un concours grâce à l’intercession de la toujours parfaite Wobew, elle décida d’aller au restau pour fêter tout ça, mais les terrasses étaient pleines, et ne pouvant nous rendre à l’Epicerie, restaurant recommandé – à très juste titre – par l’hôtel, nous dûmes nous contenter d’une petite table, non pas mauvaise, mais moins délectable que celle escomptée. Une fois encore, le dessert fut décevant, et nous rentrâmes épuisés, zoner devant l’île de la tentation…


Amboise tour III : Le Clos Lucé

Après la visite du château royal d’Amboise, nous nous rendîmes à pied au clos Lucé, demeure de Léonard de Vinci ; je ne sais si c’étaient les effets tardifs du vin d’honneur ou la fatigue de la visite du château, mais ce petit kilomètre nous sembla épuisant ; c’est rampant que nous arrivâmes au Clos, montant avec force difficulté la dernière côte qui nous parut inaccessible. Les photos étant interdites à l’intérieur de la demeure, nul cliché ne viendra orner ce petit texte qui paraîtra encore plus ennuyeux que d’habitude.

Soyons francs, le Clos Lucé est décevant : non pas en tant que tel, mais par la disposition muséographique qui lui fut réservée. Des reproductions infâmes des tableaux les plus célèbres de Léonard, de fausses fleurs posées dans des vases hideux sur un mobilier parfois luxueux confèrent à ce lieu un je ne sais quoi de ridicule que Léonard aurait sûrement désapprouvé. Un regrettable fourre-tout frisant l’anachronisme permanent – citons, en vrac, une page originale des cahiers de Paul Valéry, un tableau de Le Nain, un portrait par Beaubrun, peintre du XVIIème siècle, un bureau de style Louis XV, et ainsi de suite, dénaturent parfaitement l’esprit de la Renaissance qui aurait dû prévaloir.

Le comble du grotesque survient dans la cuisine où de faux fruits sont censés décorer des coupelles que l’on croirait achetées chez Ikéa. Tout tient au fond dans ce simple mot : « faux ». Cette demeure offerte par François Ier à Léonard a été transformée en maison bourgeoise ridicule, où l’on offre au tourisme de masse le factice qu’il réclame et dont il se contente. C’est parfaitement désolant, risible et attristant.

Néanmoins, tout n’est pas à jeter dans ce navrant piège à touristes : les salons XVIIIème (tout un programme…), sans rien évoquer de la Renaissance, n’en sont pas moins le lieu où Léonard acheva son saint Jean : la forte luminosité des lieux, l’éclairage très particulier permet de donner de précieuses indications quant aux tons obscurs de l’un des plus troublants tableaux de Léonard. Autre bonne surprise, la construction par IBM de maquettes dont Léonard n’avait laissé que les schémas : le sous-sol permet ainsi d’admirer bon nombre de réalisations concrètes que Léonard n’avait pas construites lui-même, allant du génie civil à l’automobile, en passant par des chars d’assaut, des ponts tournants, une sorte d’hélicoptère, un ancêtre de vélo, quelque chose comme un avion primitif, etc.

Dernière bonne surprise, la boutique : on y trouve de très introuvables ouvrages de Carlo Pedretti, certainement le plus grand spécialiste mondial de Léonard, absolument épuisés en France et en Angleterre. Les prix n’y sont pas scandaleux, et la vendeuse assura que c’était Carlo Pedretti lui-même qui venait approvisionner le stock.

Mais à peine sorti de la boutique, il nous faut affronter le « parc Leonardo da Vinci ». Probablement atteint-il un degré de ridicule supérieur à celui des appartements, mais derrière ce ridicule résident quelques pistes intéressantes. Outre le fait évident que nous nous trouvons dans un lieu qu’aima et que fréquenta Léonard, il semblerait que les ombres et lumières de ce petit bois aient influencé son art pictural, dans le choix des volumes et de la théâtralisation. De surcroît, les petits marécages seraient identiques à ceux que connut Léonard, et qu’il étudia avec passion. Ainsi ce parc offre-t-il quelques traces plus ou moins originaires, permettant de mieux appréhender Léonard in situ, et donc de mieux comprendre certains aspects de son œuvre peinte ou dessinée.

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Hélas, mille fois hélas, le kitsch reprend bien vite le dessus : des voix préenregistrées en plusieurs langues sont censées être celle de Léonard et envahissent d’une sonorité hideuse le calme presque champêtre de ce bois ; de navrants cracheurs de fumée ont été installés sur les marécages, certainement pour recréer facticement une espèce de « brume mystérieuse » (sic !) censée être présente à l’époque de Léonard. Une fois de plus, le piège à touristes se referme sur les innocents visiteurs, venus chercher un peu de Léonard et trouvant trop souvent beaucoup d’entertainment.

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Mais bien que désolés par le kitsch ambiant, nous ne pûmes résister à l’envie d’une promenade en barque sur l’un des marais, barques qui, elles aussi, participaient de ce kitsch désolant, car, privées de rames, elles avançaient à l’aide de pédales, faisant de celles-ci quelque chose comme un pédalo rustique. Les bons conseils d’Halio me permirent de mener la barre tel un Kersauzon et c’est héroïquement que j’évitai une barque arrivant en un sens inverse, avant d’accoster en génie des eaux sur le frêle embarcadère. Bref, au comble du grotesque, et trempés par le fond encore aqueux de notre barque, nous quittâmes les lieux, un peu désolés, et déçus de la transformation de la demeure de Léonard en annexe d’une aire de jeu pour enfants.

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Errant dans les rues d’Amboise, nous accostâmes dans un restaurant un peu isolé, mais plus qu’honorable, l’écluse. Accueil très sympa, très décontracté ; service assuré par trois jeunes filles assez charmantes, et un pâté maison de première qualité. Petite déception toutefois sur les desserts, en tout cas pour le mien, qui fut un brownie (prononcer « brounie »…) assez insipide.

De retour à l’hôtel, nous sombrâmes devant le bonheur est dans le pré et nous endormîmes assez vite.


Amboise tour II : Le château royal d’Amboise

A l’issue de ce sympathique déjeuner, nous partîmes à l’assaut du château, non sans avoir lorgné sur quelques boutiques de souvenirs, avant d’avoir visité, bien entendu, les lieux… La queue tant annoncée à l’office de tourisme se réduisait à deux personnes, et nous eûmes vite fait de la doubler, grâce à nos billets coupe-file, lesquels nous firent bien gagner entre 5 et 10 secondes.

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Dans la cour, s’offrent de vastes jardins, ainsi qu’une petite chapelle, la chapelle Saint-Hubert, finie sous le règne de Charles VIII ; outre des vitraux que je subodore non renaissants puisque datant de 1952, l’intérêt de la chapelle réside tout entier dans la présence d’une sépulture, une seule, mais quelle sépulture ! celle de Léonard de Vinci, himself, qui était mort à Amboise le 2 mai 1519, mort à cause de laquelle la cité idéale de Romorantin ne vit jamais le jour, quoique cette anecdote n’ait aucun rapport avec la chapelle qui nous occupe. Marie profita de ce petit lieu de prière pour demander au Seigneur que je sois enfin supportable, et après ce vœu pieux, nous pûmes reprendre la route du parfait petit touriste.

Extérieurement, le château d’Amboise est intéressant en tant qu’il serait le premier édifice français renaissant (z’avez vu, j’ai bien retenu les leçons des prospectus !) ; la chapelle est gothique, et même flamboyant s’il-vous-plaît, mais les façades du château témoignent de la transition du médiéval au style renaissant, les glorieux monarques français ayant été influencés par leurs incessantes campagnes italiennes (Marignan, c’est pas rien quand même !), si bien que les plans initiaux de Charles VIII seront infléchis par François Ier et Henri II vers le goût italien.

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A l’intérieur, tout porte trace d’une telle transition. La salle des gardes (nobles), par exemple, est structurée selon des piliers gothiques, et s’avère encore toute médiévale ; plus subtile, la gigantesque salle du Conseil où le Roi tenait précisément son conseil, se pose comme un extraordinaire mixte médiéval et renaissant ; cela se voit essentiellement aux cheminées : l’une est parfaitement médiévale, gothique, massive, l’autre plus épurée est renaissante, bien plus moderne. Ainsi se répondent deux époques par le jeu de deux cheminées se faisant face, et que tout sépare. Sur la plus ancienne des deux, les armes du duché de Bretagne côtoient les fleurs de lys, emblèmes du royaume de France : Charles VIII avait en effet épousé Anne de Bretagne en 1491, au grand dam de Maximilien d’Autriche, en lice lui aussi pour emporter la duchesse – et surtout le duché.

Après ces grandes salles pétries par le Moyen Age mais annonçant la Renaissance, nous pénétrons enfin dans les appartements vraiment renaissants, raffinés et richement décorés : tout se complexifie : finies les tables à tréteaux, bienvenue aux tables italiennes, sculptées et disposant d’allonges. La fourchette fait une apparition timide, tandis que des coffres en noyer s’imposent sous les tapisseries. Les meubles s’ornent de trompe-l’œil consécutifs à la redécouverte de la perspective, lesquels modifient aussi les compositions de tapisserie acquérant ainsi une profondeur supplémentaire et accroissant l’impression de largeur des espaces.

Parfaite illustration de cette redécouverte de la perspective nous semble être la chambre Henri II où les sièges utilisent au mieux le procédé pour amener à leur acmé les arts décoratifs du XVIème.

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Hélas, Henri IV fera déménager la cour pour la ramener en île de France, et le château d’Amboise perdra vite de sa superbe ; l’Empire procèdera à sa destruction systématique et ce que nous pouvons voir aujourd’hui ne constitue qu’un cinquième de l’œuvre initiale. On n’est pas du genre à taper sur Napoléon sur ce blog, mais bon, y a des moments où on se demande ce qui l’empêche…

On fait un grand et leste saut d’Henri II jusqu’à Louis-Philippe, qui fit ériger les remparts autour du château ; étrangement, l’essentiel des appartements de Louis-Philippe s’avère être de style Empire : lit Récamier, guéridons à quatre colonnes, etc. Seules les chaises semblent être de style Louis-Philippe. Tout cela ressemble furieusement – tout chauvinisme mis à part – aux appartements de Joséphine à la Malmaison, mais on va encore dire que je suis obsédé…

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Pour finir, un gigantesque salon de musique où seul le piano rappelle le dessein musical de la pièce, clôt la visite de notre château tronqué. Une sorte d’étrange medley stylistique s’offre au regard, de l’Empire au Second Empire, en passant par un portrait de style Abd El Kader tout à fait contrapuntique… (naturellement, je plaisante : il s’agit d’un portrait d’Abd-El-Kader, lequel fut assigné à résidence à Amboise en 1848)

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Amboise tour I : l’arrivée

Dans la rubrique « je raconte my life », voici le petit récit du séjour à Amboise. Pourquoi Amboise ? Parce que ma délicieuse amie avait eu la bonne idée de m’offrir, pour mon anniversaire, un aller-retour à Amboise, ville où résida Léonard de Vinci, et Léonard de Vinci, moi, ça me botte, comme dirait l’autre.

Départ gare d’Austerlitz, arrivée dans la petite gare d’Amboise, charmante, ensoleillée, presque méditerranéenne ; en prêtant l’oreille, nul doute qu’on y eût entendu quelques cigales. Nous cherchons le « centre-ville » et traversons pour ce faire de petites rues, nantis de nos maigres bagages et accablés par le soleil un peu trop généreux ce matin là. Au hasard d’un carrefour qui se voulait stratégique, nous aperçûmes le pont permettant de passer sur la bonne rive, mais avant que nous ne le traversions, une vitrine retint notre attention : étalée sans pudeur sur toute la longueur de celle-ci, une inscription à la fois scandalifiante et hilarante, suggérait l’infamie : le charcutier aurait été cocu… Ricanements, mauvais esprit, impression de Cloche-Merle ne se firent guère attendre, et rapidement le cliché immortalisa la chose.

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Nous traversâmes le pont, d’où la vue sur le château était sublime, et parvînmes assez rapidement à l’hôtel (le blason), où nous accueillit un très sympathique personnage, souriant et affable, dont la voix n’était pas sans rappeler certaines intonations de Jean-Pierre Pernaut. Nous prîmes possession de nos appartements, ces derniers se réduisant à une chambre confortable dotée d’une télévision à écran plat et d’une fenêtre meurtrière, et redescendîmes afin de nous transformer en ce personnage ridicule et navrant qui se nomme le touriste. Par chance, le touriste est doté d’un office, auquel nous nous rendîmes d’un pas déjà un peu lourd ; après avoir acheté des billets pour le château d’Amboise, nous cédâmes à l’envie de communier avec les locaux au vin d’honneur, car nous étions le 14 juillet : bien qu’arrivés à la fin de la fête, nous reçûmes chacun un verre de ce qui pourrait être du vin, et pour faire bonne figure, nous en bûmes une gorgée devant nos hôtes réjouis. Probablement la qualité du vin lors de ces fêtes doit-elle être médiocre, mais lorsque nous avons affaire aux restes de fin de fête, elle devient franchement infâme. Qu’à cela ne tienne, nous décidâmes aussitôt de partir déjeuner pour faire passer le goût de la chose.

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Un petit bar / restaurant fut choisi, et nous échouâmes à une table, entourée de quadragénaires indigènes, étonnamment gros et rouges pour leur jeune âge ; étaient-ce les rillons, l’alcool ou la cgt qui avaient engendré pareils désastres physiques, nous ne le sûmes jamais vraiment, mais par un effet mimétique inquiétant, nous prîmes des pommes de terre sautées que l’on subodorait grassouillettes au fond d’une salade qui ne l’était pas moins. Immergés parmi les « vraies gens », nous nous sentions nous-mêmes un peu faux, voire inauthentiques, et nous prenions à douter de notre réalité, dont seuls les relents nauséeux du vin d’honneur nous rappelaient notre vive et parfaite carnation.


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