Le nez en l’air : le blog de Coincoin


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Enterrement de vie de jeune fille de Camille : Le Val de Grâce

A l’issue de la visite de ces magnifiques jardins où, quand même, j’avais séché pas mal de fois l’héroïne, le destin s’inversa : Camille mobilisa tout son talent, et toute son érudition pour nous bluffer plus d’une fois. Ainsi, alors que nous végétions près de la fontaine de Carpeaux, à nouveau mitraillés par quelque touriste avide de souvenir insolite, je soumettais l’énigme suivante que j’avais imaginée quasiment insoluble. Lisez plutôt, chers lecteurs :

 « Bénis soient les chanteurs de la Perfide Albion… »

 Hé ben, vous me croirez si vous voudrez, mais en quelques secondes, mon énigme fut décodée : en moins de temps qu’il ne m’en faut pour l’écrire, Camille comprit qu’il s’agissait de la Schola Cantorum ce qui, au bas mot, nous médusa. Alors, pourquoi et comment trouva-t-elle la solution de cette énigme ? Il s’agit de bâtiments qui furent pendant un siècle le siège de la mission catholique anglaise ; vers 1600, les Bénédictins anglais de Westminster fuient l’Angleterre protestante d’Elisabeth 1er, et un particulier achète en 1640 la maison de la Trinité pour les accueillir. La chapelle Saint Edmond, construite de 1674 à 1677, sert aujourd’hui de salle de concert. D’où la schola cantorum.

scholacantorum.jpg

 Ne pouvant le visiter, nous nous dirigeâmes vers le val de Grâce où, grâce au lieutenant Tabbard, nous pûmes pénétrer les lieux, vêtus en mousquetaires. Remercions au passage l’extraordinaire diligence de la poste qui me fit parvenir à Paris le 1er octobre l’autorisation des officiels du val de Grâce qu’ils avaient postée à Paris… le 22 septembre, autorisation qui portait sur une visite du samedi 26 septembre ; toutefois, en bon prof de gauche qui se respecte, plus m’importe la dimension publique du service postal que son efficacité, j’ai des principes, quoi, merde !

valdegrce3.jpg

 

 Bref, nous nous rendîmes au Val de Grâce où, fait amusant, nous dûmes laisser nos épées en plastique dans le porte-parapluie, ce qui généra un tableau insolite des lieux. (Merci à Elise d’avoir eu la présence d’esprit de photographier cette perle). Nous découvrîmes de la sorte le musée des armés, dont je n’imaginais d’ailleurs pas la richesse ni la dimension traumatisante : les crânes défoncés par quelque obus allemand, laissant entrevoir derrière un nez atomisé quelques lambeaux du cerveau valent certainement tous les cours d’histoire du monde ; les vidéos sur l’Indochine où l’on voit les pièges sournois se refermer sur les soldats français confèrent une conscience aiguë de la difficulté de faire la guerre à ceux pour qui le choc frontal est une inconnue. Que dire de ces flèches verticales dissimulées sous quelque feuillage au sol, et sur lesquelles marchaient les combattants français, se transperçant les pieds dans des douleurs qu’on imagine infinies.

Après ces témoignages incarnés des guerres humaines – trop humaines – nous nous retrouvâmes un peu choqués, à tel point que nous eussions signé, si cela nous eût été présenté, quelque pétition imbécile contre la guerre – parce que la guerre c’est caca. C’est fou de constater combien la « prévertisation » des esprits guette dès que la réalité de la guerre apparaît dans son horreur et ses misères ; Napoléon, lui, eut le bon goût de ne pas laisser de photos trop réalistes de la retraite de Russie, ce qui permet de s’en faire une représentation encore romantique, que ne sauraient anéantir des clichés par trop concrets.

Après le musée, nous gagnâmes la chapelle en tant que telle, sorte de réplique miniature du Vatican, certes infiniment moins somptueuse – n’est pas le Bernin qui veut – mais malgré tout harmonieuse à souhait, et dotée d’un autel tout à fait remarquable. D’ailleurs, nous décidâmes de nous extasier, sauf Camille qui connaissait déjà (mais Camille connaît tout sauf le symbolisme des tortues).

valdegrce10.jpg

 Que Camille sache tout, nous en eûmes confirmation par l’épisode suivant : tout frétillant à l’idée de la sécher, je sortis fièrement mon petit papier sur lequel avait été noté un poème que j’imaginais peu célèbre, et je m’apprêtais à le déclamer sous la voûte du Séjour des bienheureux ; mais je commis l’irréparable : avant de le lire, je posai la question fatale : quel écrivain français commit ce poème douteux en l’honneur du Séjour des bienheureux de Mignard ? Avant même que ne résonnât le premier vers, Camille s’exclama : « Bah Molière ! » L’effet fut pire que si une colonie de Serbes m’eût brisé les rotules ; l’humiliation le disputa à l’admiration. Et pour donner une idée de la chose, je livre au lecteur avide de savoir, le poème in extenso, que je déclamai quand même :

 

 mousquetairesvaldegrce5.jpg

 

« Digne fruit de vingt ans de travaux somptueux,

 

Auguste bâtiment, temple majestueux,

 

Dont le dôme superbe, élevé dans la nue,

 

Pare du grand Paris la magnifie vue

 

Et parmi tant d’objets semés de toutes parts

 

Du voyageur surpris prend les premiers regards,

 

Fais briller à jamais, dans ta noble richesse

 

La splendeur du saint vœu d’une grande princesse

 

Et porte un témoignage à la postérité

 

De sa magnificence et de sa piété ;

 

Conserve à mes neveux une montre fidèle

 

Des exquises beautés que tu tiens de son zèle ;

 

Mais défends bien surtout de l’injure des ans

 

Le chef d’œuvre fameux de ses riches présents ;

 

Cet éclatant morceau de savante peinture

 

Dont elle a couronné ta noble architecture ;

 

C’est le plus bel effet des grands soins qu’elle a pris

 

Et ton marbre et ton or ne sont point de ce prix. »[1]

 Cela ne nous empêcha guère, fort heureusement, de nous pâmer d’aise devant les lignes harmonieuses de la chapelle, et de faire nos intéressants devant l’autel, avant que de trouver refuge sur les bancs grâce auxquels nous goûtâmes un repos salvifique, mais hélas trop bref.

mousquetairesvaldegrce4.jpg

 

 


 

[1] Molière, « La gloire du val de Grâce », Œuvres de Molière, tome 9, Paris, 1866


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