Ahmad Jamal à Orléans : merci à Elise !
Ouahoh les amis ! Vous savez ce que Darling m’a offert ? Une place pour un concert d’Ahmad Jamal ! Bon alors forcément, j’ai mis du temps à dire « oui », histoire de me faire désirer, et puis aussi pour faire croire que j’ai une vie bien remplie. Bref, après avoir tenté de créer un semblant de suspens, voire de susciter une attente de la part de ma chère Darling, j’ai finalement accepté – au terme d’une rocambolesque histoire de réunion pour la prépa sciences-po, mais c’est une autre histoire… - et, dimanche 7 décembre, par une matinée ensoleillée quoique brumeuse, je me retrouvai dans un train Corail, saturé de nostalgie et de compartiments désuets, plus ou moins kitschement restaurés selon le goût effilé de notre époque qui n’en finit plus d’être contemporaine.
Donc après une petite heure d’un voyage étonnamment dénué d’imprévus et d’encombres, j’arrive à Fleury où m’attend Miss Darling, la tête fièrement vissée sous une casquette dont je ne cesse de louer le caractère Gavroche malicieux. Nous dégustons de délicieuses galettes bretonnes, avant de nous rendre, le cœur au vent, dans un hangar métallique (pléonasme ?) où se trouvent de magnifiques porcelaines à prix réduits, à faire pâlir tout limousin bien né, ce que nous ne sommes d’ailleurs pas. Après quelques emplettes réjouissantes – j’ai d’ailleurs pu trouver deux assiettes d’un snobisme que concurrence seul mon long manteau noir Pierre Cardin que je mets un point d’honneur à ne jamais fermer, fût-ce par -50° - nous revenons chez Elise, qui me cuisine avec amour – si j’ose dire – de l’autruche.
Après cette autruche snob – que pour un peu nous eussions dégustée dans les tasses à café que Darling venait d’acquérir pour une somme lamentablement modique au vu du prestige social qui devrait en résulter – nous repartons pour Orléans, dans une Fiat Punto conduite avec aisance et détermination par ma chère Elise. Quelques pas sur le bord d’une Loire romantique préfigurent de façon plaisante le concert qui vient. Bon, bien que je sois chauvin et parisianiste, au risque de me taper la honte en soutenant le PSG, je dois reconnaître que la Loire est bien plus belle que la Seine, et qu’il serait probablement bon de détourner la Loire pour la faire passer à Paris, afin de donner un peu de gueule à notre chère capitale. Enfin moi je dis ça, je ne fais que conseiller hein… Bref, après cette délectable promenade, nous nous engouffrons – car il faisait assez froid – dans le café du théâtre où, générosité aidant, j’offre à Darling un macaron paraît-il succulent. Puis, les tasses se vidant, nous quittons nos chaises afin de nous diriger avec excitation vers la salle où doit se produire Mister Jamal.
Ahmad Jamal, pour ceux qui ne connaîtraient pas, c’est un de mes dieux. Ok, ça ne vous aide pas vraiment à en avoir un portrait plus précis, mais, pour résumer, le trait le plus marquant de ce personnage me semble être qu’il est pianiste. Bon allez, pour ceux qui ne connaîtraient pas, afin de dissiper la honte légitime qui devrait vous monter aux joues, voici quelques échantillons.
Hier, ce fut, comment dire, magique. Un toucher exceptionnel, un swing hors du commun, une jeunesse hallucinante pour ses 78 ans. Son jeu est magnifique, subtil, extraordinairement balancé ; il saute d’un ton à l’autre, d’une gamme à l’autre, au point de parvenir à ce que Jazzman appelle la « dialectique du pianiste » ; en une fraction de seconde, les sons graves et appuyés se muent en un effleurement cristallin et poétique ; la puissance passe dans la sensualité, avant que cette dernière ne se fasse malice. A peine la salle se laisse-t-elle emporter par le démon du rythme que Jamal change d’octave, et sautille vers une nuance intimiste, que seuls viennent gâcher d’interminables toussotements d’un public parfois pénible. Une telle poésie ne devrait pas se partager à plus de deux.
Si l’on ajoute à ce génie de la maîtrise du piano un regard coquin qui le fait jouer avec ses partenaires (James Cammack, James Bohnson et Manolo Badrena) au point d’improviser à de nombreuses reprises l’accompagnement, on ne peut que sortir de ce moment de grâce ébloui, et comme transporté par tant de beauté et de générosité. Après une standing ovation, Jamal nous offrira en effet, en reprise, deux morceaux sublimes qui comblèrent le public. Près de deux heures de grâce à l’état pur nous furent ainsi offertes et je remercie infiniment Darling de m’avoir convié à ce bel événement.






c’est une femme bien, dons donc, cette Darling !!
et j’adore “Darling” à donner comme nom à son amoureuse.
Je confirme que c’est une femme très bien mais j’infirme un point : elle n’est pas plus mon amoureuse que je ne m’appelle coincoin.
Aaaaaaaaaah, le canard est de retour !
yep !
ah ah, j’en apprends un peu plus sur les rapports Coincoin / Darling !!
Tout à fait. Encore que la vie d’un coincoin doive paraître bien fade à la maîtresse de Monsieur Vador…
Tout est relatif.. ça dépend des jours avec Dark.
Ce garçon n’a pas l’air fiable en effet ; attention, ce n’est pas que je sois jaloux, mais j’émets des réserves quant à la régularité et la fiabilité de ce cher dictateur galactique.
Bonjour,
un petit mot pour partager votre approche de ce concert d’Ahmad Jamal, dont j’ai juste regretté le son un peu en-deçà (à mes oreilles en tout cas) du contrebassiste.
Sinon, j’avoue que je ne comprends pas non plus comment on peut tousser autant et oser rester dans la salle à gâcher la soirée de 899 autres personnes…
Bonjour
Merci pour votre message ; je suis heureux de voir que je ne suis pas le seul à avoir été choqué par cette toux ininterrompue de quelques personnes, dont les raisons de la présence demeurent énigmatiques.
Pour la contrebasse, je suis entièrement d’accord avec vous.
Bien à vous
Thibaut
Merci infiniment Darling pour ce petit billet qui me ravit. Ton amicale présence à mes côtés était une grâce suplémentaire et je me souviendrai longtemps de cette journée comme celle d’une expérience pure de la joie.
Je note tout de même que tu as omis de mentionner le sublime moment musical que nous avons partagé dans ma punto grâce à Radio Arc en ciel. Mais cela restera un petit secret entre nous deux!!
Je précise que Darling est effectivement un nom de code greussien, destiné à brouiller l’ennemi, et que mon vrai darling (sans D) s’appelle Gilou!!
Elle était née dans la noblesseeeeeeeeeeeeee…
Oui j’avoue je voulais garder pour nous deux seulement ce moment cocasse chère darling.
Merci Elise pour ces précisions darlinguiennes.
Elise est asez forte en connaissances darlinguiennes ; si tu as des questions à lui poser, n’hésite pas…
Je pourrais effectivement soutenir une thèse sur la posture tragi-comique du héros greussien.
J’ai hâte de lire cela…
Puisque ta chère darling m’a gentiment et joyeusement lu cette évocation de votre dimanche jamalien, la joie que j’éprouve à lire le fruit du retour du caneton est redoublée !
Je ne connaissais pas Ahmad Jamal. Les éloges anatinaesques et éliséens, doublés des témoignages vidéos m’enchantent et me corrompent jusqu’à désirer me procurer un des ses disques.
L’achat d’un cd est totalement recommandé par la maison.
On peut aussi le mettre sur sa liste au père Noël!!
Je suis allée au Duc des Lombards avec G. et nous avons passé une merveilleuse soirée jazzesque (Jean Toussaint et Sangoma Everret), tchin, tchac, boum.
Magnifique !
Il est vrai qu’il faisait un froid de voleur chez jaune De Chrome .
Euh ?