Le nez en l’air : le blog de Coincoin



Amboise tour III : Le Clos Lucé

Après la visite du château royal d’Amboise, nous nous rendîmes à pied au clos Lucé, demeure de Léonard de Vinci ; je ne sais si c’étaient les effets tardifs du vin d’honneur ou la fatigue de la visite du château, mais ce petit kilomètre nous sembla épuisant ; c’est rampant que nous arrivâmes au Clos, montant avec force difficulté la dernière côte qui nous parut inaccessible. Les photos étant interdites à l’intérieur de la demeure, nul cliché ne viendra orner ce petit texte qui paraîtra encore plus ennuyeux que d’habitude.

Soyons francs, le Clos Lucé est décevant : non pas en tant que tel, mais par la disposition muséographique qui lui fut réservée. Des reproductions infâmes des tableaux les plus célèbres de Léonard, de fausses fleurs posées dans des vases hideux sur un mobilier parfois luxueux confèrent à ce lieu un je ne sais quoi de ridicule que Léonard aurait sûrement désapprouvé. Un regrettable fourre-tout frisant l’anachronisme permanent – citons, en vrac, une page originale des cahiers de Paul Valéry, un tableau de Le Nain, un portrait par Beaubrun, peintre du XVIIème siècle, un bureau de style Louis XV, et ainsi de suite, dénaturent parfaitement l’esprit de la Renaissance qui aurait dû prévaloir.

Le comble du grotesque survient dans la cuisine où de faux fruits sont censés décorer des coupelles que l’on croirait achetées chez Ikéa. Tout tient au fond dans ce simple mot : « faux ». Cette demeure offerte par François Ier à Léonard a été transformée en maison bourgeoise ridicule, où l’on offre au tourisme de masse le factice qu’il réclame et dont il se contente. C’est parfaitement désolant, risible et attristant.

Néanmoins, tout n’est pas à jeter dans ce navrant piège à touristes : les salons XVIIIème (tout un programme…), sans rien évoquer de la Renaissance, n’en sont pas moins le lieu où Léonard acheva son saint Jean : la forte luminosité des lieux, l’éclairage très particulier permet de donner de précieuses indications quant aux tons obscurs de l’un des plus troublants tableaux de Léonard. Autre bonne surprise, la construction par IBM de maquettes dont Léonard n’avait laissé que les schémas : le sous-sol permet ainsi d’admirer bon nombre de réalisations concrètes que Léonard n’avait pas construites lui-même, allant du génie civil à l’automobile, en passant par des chars d’assaut, des ponts tournants, une sorte d’hélicoptère, un ancêtre de vélo, quelque chose comme un avion primitif, etc.

Dernière bonne surprise, la boutique : on y trouve de très introuvables ouvrages de Carlo Pedretti, certainement le plus grand spécialiste mondial de Léonard, absolument épuisés en France et en Angleterre. Les prix n’y sont pas scandaleux, et la vendeuse assura que c’était Carlo Pedretti lui-même qui venait approvisionner le stock.

Mais à peine sorti de la boutique, il nous faut affronter le « parc Leonardo da Vinci ». Probablement atteint-il un degré de ridicule supérieur à celui des appartements, mais derrière ce ridicule résident quelques pistes intéressantes. Outre le fait évident que nous nous trouvons dans un lieu qu’aima et que fréquenta Léonard, il semblerait que les ombres et lumières de ce petit bois aient influencé son art pictural, dans le choix des volumes et de la théâtralisation. De surcroît, les petits marécages seraient identiques à ceux que connut Léonard, et qu’il étudia avec passion. Ainsi ce parc offre-t-il quelques traces plus ou moins originaires, permettant de mieux appréhender Léonard in situ, et donc de mieux comprendre certains aspects de son œuvre peinte ou dessinée.

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Hélas, mille fois hélas, le kitsch reprend bien vite le dessus : des voix préenregistrées en plusieurs langues sont censées être celle de Léonard et envahissent d’une sonorité hideuse le calme presque champêtre de ce bois ; de navrants cracheurs de fumée ont été installés sur les marécages, certainement pour recréer facticement une espèce de « brume mystérieuse » (sic !) censée être présente à l’époque de Léonard. Une fois de plus, le piège à touristes se referme sur les innocents visiteurs, venus chercher un peu de Léonard et trouvant trop souvent beaucoup d’entertainment.

closluc3.jpg

Mais bien que désolés par le kitsch ambiant, nous ne pûmes résister à l’envie d’une promenade en barque sur l’un des marais, barques qui, elles aussi, participaient de ce kitsch désolant, car, privées de rames, elles avançaient à l’aide de pédales, faisant de celles-ci quelque chose comme un pédalo rustique. Les bons conseils d’Halio me permirent de mener la barre tel un Kersauzon et c’est héroïquement que j’évitai une barque arrivant en un sens inverse, avant d’accoster en génie des eaux sur le frêle embarcadère. Bref, au comble du grotesque, et trempés par le fond encore aqueux de notre barque, nous quittâmes les lieux, un peu désolés, et déçus de la transformation de la demeure de Léonard en annexe d’une aire de jeu pour enfants.

closlucpromenadeenbarque.jpg

Errant dans les rues d’Amboise, nous accostâmes dans un restaurant un peu isolé, mais plus qu’honorable, l’écluse. Accueil très sympa, très décontracté ; service assuré par trois jeunes filles assez charmantes, et un pâté maison de première qualité. Petite déception toutefois sur les desserts, en tout cas pour le mien, qui fut un brownie (prononcer « brounie »…) assez insipide.

De retour à l’hôtel, nous sombrâmes devant le bonheur est dans le pré et nous endormîmes assez vite.


  1. Halio écrit:

    Marin d’eau douce !

    Dernière publication sur l'Haliotoïde : Sur le burkini, c'est décidé, je me mets à nu.

    Citer | Posté 31 juillet, 2008, 22:06
  2. coincoin écrit:

    Tssss, je te rends hommage et voilà comment je suis remercié…

    Citer | Posté 4 août, 2008, 12:36
  3. Marie écrit:

    Si ça peut te réconforter, tes talents de matelot sont très nettement supérieurs à mes capacités cyclistes (que tu as d’ailleurs galamment dévoilées dans le quatrième épisode de la saga amboisienne)…

    Citer | Posté 13 août, 2008, 15:54
  4. nezenlair écrit:

    Merci amie réconfortante et bonne cycliste.

    Citer | Posté 19 août, 2008, 21:16

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