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Sylvie Yvert : ceci n’est pas de la littérature. Verdict ? Génial !

On dira ce qu’on voudra, mais y a encore des bouquins géniaux qui sortent aujourd’hui ; bon d’accord, ils sont faits d’extraits du passé, mais Sylvie Yvert vient quand même de nous gâter ; elle a recensé les critiques les plus acerbes contre les écrivains français, faites par d’autres écrivains ou, plus rarement, par des critiques à la plume acérée : Sainte-Beuve, Renaud Matignon, etc. Le résultat est époustouflant, on sourit, on rit, on pouffe, on s’exclafe.

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Tiens, au hasard (si si !), Marguerite Duras :

« Mes éditeurs (…) me supplient de prendre exemple sur Marguerite Duras dont les books sont mignards, d’à peine cent quarante pages ! Elle a trouvé une astuce formidable cette écrivaine : elle les fait chiants pour donner l’impression qu’ils sont longs. » (San-Antonio)

« Chez Duras, les décors naturels eux-mêmes sont faux. » (Henri Jeanson)

« Littérairement, ce n’est rien. Mais, à l’enseigne de la psychologie de magazine, Mme Marguerite Duras, entre Ménie Grégoire et Rika Zaraï, s’installe noblement dans son rôle de maître à penser. » (Renaud Matignon)

Et probablement la meilleure : « Le prix Goncourt, que les frères du même nom ont créé pour récompenser « l’œuvre débutante d’un nouveau talent », échoit, le 13 novembre 84, à l’amant, vingt-septième roman d’une septuagénaire, ex-secrétaire aux colonies jusque sous Pétain, pour une histoire de cul tropical d’assez belle facture selon mon beau-frère qui s’y connaît : il ne s’est jamais endormi sur un Proust. » (Inoubliable Desproges)

Pour tous ceux qui, comme moi, bâillent après un seul vers de Claudel, se mettent à avoir des envies subites de croasser devant un curé après avoir supporté moins de 5% de l’une de ses pièces, et entrevoient une débauche de charcuteries après l’hommage au porc de l’horrible Connaissance de l’Est, voici quelques sublimités commentant l’œuvre du poète pour aumôneries de collège : « Son œuvre ne devrait séduire que les illetrés. M. Paul Claudel n’existe pas. M Paul Claudel n’a jamais existé. L’œuvre de M. Paul Claudel, c’est un canular de l’Ecole normale, une mystification… » (Léon Werth)

« C’est Lamartine où l’on aurait versé un camion de bouillon Kub. » (Audiberti)

« Viendra le jour où on se demandera avec stupeur s’il a pu se trouver un public pour pareilles banalités d’enrubannements de mots creux, d’un forcé, d’une prétentieuse pauvreté telle qu’enfin on déserte avec un sourire d’apitoiement. » (Calaferte)

Toute ressemblance avec Heidegger serait…

Et la merveille des merveilles : « A la Santé où j’ai vécu sans snobisme quelques mois de ma vie, je me suis condamné à lire ou à relire toute l’œuvre de Claudel. Cette aggravation de peine m’a laissé de la prison un souvenir atroce. » (Henri Jeanson, cité par René Château).

Tenez, Colette par exemple, voici ce qu’en disait Suarès dans une lettre à Jacques Doucet : « Le Chéri de Connette [sic] est assurément le moins bon de ses livres (…). Fût-ce de Lesbos, elle a été femme : elle n’est plus à présent que la grue du Parnasse : elle se tient éternellement sur sa patte sexuelle, et donne fort méchamment du bec à tout ce qui n’est pas la grande tribu de la Connetterie. (…) Le Chéri se passe dans un cabinet de toilette : la mer enchantée de cette Vénus est un bidet monté sur argent. Il n’y a pas une idée dans ce sale ouvrage, pas un sentiment pur, par ombre d’âme. Il ne s’agit que de savoir su un jeune poisson couchera ou ne couchera pas avec un vieux demi-castor. »

Et François Mauriac, commentant avec morgue, l’œuvre de Colette qui, selon lui, « sent le dessous de bras. »

Ecoutez encore Nimier parlant de la poésie d’Eluard : « Souffre plutôt d’une inspiration toujours mince, mais excessive, comme ces fils de la Vierge, qui vous entraînent de feuille en feuille, de merveille en merveille ; le voyage fini, on ne connaît pas mieux le jardin pour cela, mais on de la rosée plein les cheveux. »

Et l’ignoble « Monsieur Sand » comme se plaisait à l’appeler Nietzsche, se retrouve parmi les plus moqués des écrivains français : ainsi Flaubert la prenant comme étendard du ridicule, tant dans Bouvard et Pécuchet où on lit que « le difficile avec George Sand, c’est qu’on ne sait jamais prendre cet auteur au sérieux. Comme femme, elle inspire le dégoût ; comme homme, il donne envie de rire. » que dans sa correspondance où elle apparaît comme le summum de la médiocrité : « Tous les jours, je lis George Sand et je m’indigne régulièrement pendant un bon quart d’heure. » Baudelaire la crucifie dans un portrait extraordinaire : « Elle n’a jamais été artiste. Elle a le fameux style coulant, cher aux bourgeois. Elle est bête, elle est lourde, elle est bavarde. Elle a (…) la même délicatesse de sentiments que les concierges et les filles entretenues. » Et tandis que Daudet la qualifiait « d’erreur de la nature qui lui avait donné la violence du mal dans un organisme féminin ; et elle transposa cette erreur en aspirations vagues, en abondante copie. », Nietzsche achevait cet écrivaine en des mots restés célèbres : « Cela est faux, factice, boursouflé, exagéré. Je ne puis supporter ce style de tapisserie, tout aussi peu que l’ambition populacière qui aspire aux sentiments généreux. Ce qui reste cependant de pire, c’est la coquetterie féminine avec des rivalités, des manières de gamin mal élevé. (…) Artiste insupportable ! Elle se remontait comme une pendule – et elle écrivait. »

On rira aux éclats de Green évoquant Yourcenar : « Une Sagan de l’Antiquité ; un piédestal sans la statue. Ce que vous prenez pour du marbre n’est que du saindoux. »

Et surtout, on remarquera la constance des critiques à l’encontre de Zola : sa fascination pour la merde. « On brasse voluptueusement pendant trois cent vingt  pages, ce que Cambronne plus concis jetait, en un seul mot, à la tête de l’ennemi. » (Barbey d’Aurevilly)

« Zola à l’Académie ? Allons donc ! Impossible de le nommer : il faudrait percer le fauteuil. » (Aurélien Scholl)

« Tant qu’il n’aura pas dépeint complètement un pot de chambre plein, il n’aura rien fait. » (Victor Hugo)

Et si Bloy se déchaînait contre cette « vieille truelle à merde », « ce Napoléon de la fange », Cornut vomissait ce « monomane coprophage » dont Bloy, toujours lui, associa l’œuvre à la « masturbation d’un cadavre. »

Et on achèvera cette cruelle galerie de portraits par l’hilarante remarque de Dali : « Proust, c’est la psychologie du poil de cul coupé en quatre. »

L’essentiel des grands écrivains français depuis Ronsard figurent dans ce recueil, si bien que chacun trouvera nécessairement matière à satisfaire ses inimitiés littéraires, dont je donne tout de même les références : Sylvie Yvert, Ceci n’est pas de la littérature, Rocher, 2008 A lire de toute urgence !!!


  1. celia écrit:

    Merci pour ce conseil de lecture…
    Bien à toi

    Citer | Posté 20 avril, 2008, 18:51
  2. coincoin écrit:

    Merci chère Célia pour la célérité de tes commentaires ; je suis fort impressionné.

    Citer | Posté 20 avril, 2008, 22:22
  3. hortensia écrit:

    Un petit tour parmi les petites citations sur les grands, quoi de mieux pour l’homme moyen…

    Citer | Posté 26 mai, 2008, 20:31
  4. coincoin écrit:

    hum

    Citer | Posté 27 mai, 2008, 7:54
  5. Monsieur Népomucène écrit:

    Merci pour ces citations, qui m’ont fait rire aux éclats. Je ne manquerai pas, grâce à vous, d’acheter ce livre.

    Citer | Posté 15 juin, 2008, 1:18
  6. Monsieur Népomucène écrit:

    Oh, pendant que j’y suis, je me dis que ceci pourrait vous amuser : http://www.lire.fr/extrait.asp/idC=35361/idR=213/idG=8/idP=1

    (En fait, c’est en recherchant une citation de Renaud Matignon que, de clic en clic et de page en page, je suis tombé sur votre blog après être passé sur la page que je vous signale.)

    Citer | Posté 15 juin, 2008, 1:24
  7. coincoin écrit:

    Cher Monsieur Népomucène,

    Je vous remercie pour votre commentaire ; je vais de ce pas découvrir votre lien !

    Merci encore

    Coincoin

    Citer | Posté 15 juin, 2008, 10:58

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