Le nez en l’air : le blog de Coincoin


Le syncrétisme de Faubourg-Poissonnière

Qui connaît l’église Saint Vincent de Paul ? C’est un bâtiment assez étrange, dans le quartier de Faubourg-Poissonnière, à quelques pas de la gare du Nord. En 1824, l’édifice voit posée sa première père mais en 1831 on change d’architecte et c’est Hittorff remplace Lepère, le premier architecte ; elle n’est achevée qu’en 1844. Ce qui frappe d’emblée dans cette église, c’est l’imposant escalier flanqué de deux rampes en fer, ouvrant sur la façade majestueuse de la bâtisse, très visiblement inspirée de celle de Saint-Sulpice. La façade « est précédée d’un frontispice monumental hexastyle, composé d’un fronton, d’un entablement toscan sobrement mouluré et d’un ordre cannelé de colonnes ioniques. »[1]

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La porte principale, conçue par Hittorff, rend hommage à l’Italie de la Renaissance, en offrant au regard une belle œuvre de bronze sculptée, sur un modèle de Farochon. Quant à l’intérieur de l’église, il poursuit l’éclectisme annoncé en proposant une architecture paléochrétienne, ainsi qu’une fresque de Flandrin qui conduit subtilement l’œil du spectateur jusqu’à l’abside renfermant le tabernacle. Etonnant bâtiment, synthèse de Saint Sulpice et de l’art paléochrétien, de la Renaissance italienne et de la restauration du XIXè siècle.

Non loin de là, rue d’Abbeville, surgit un surprenant immeuble de style art nouveau, sur lequel prennent place de sublimes sculptures de Dupuy ; deux figures féminines cambrées encadrent  un mascaron, figures que l’on ne saurait, je pense, associer à des cariatides, car elles ne soutiennent nulle corniche. Ce qui est ici remarquable, outre la qualité de l’œuvre de Dupuy, c’est le jeu syncrétique déjà observé à Saint Vincent de Paul et que l’on retrouve dans cette façade du 16 rue d’Abbeville ; en effet, rien ne s’affirme autant comme Art nouveau que ce bâtiment mais comment ne pas voir l’emprunt renaissant des tabernacles, ainsi que l’origine dix-huitiémiste de l’intérieur de l’immeuble, où figurent cornes d’abondances et représentations de l’âge d’or ? Renaissance, Siècle des Lumières, Art Nouveau, tout cela se condense en une façade, du tabernacle aux multiples carreaux des fenêtres, des médaillons aux balcons ouvragés.

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Et l’ésotérisme dans tout ça ? Et bien pour une fois, pas un mot…



[1] Le Dixième arrondissement, Itinéraires d’histoire et d’architecture, Action artistique de la ville de Paris, 2000, p. 53


L’Odéon ou le Ka de l’Univers

Tout d’abord, mille excuses pour cette absence répétée ; France Télécom a eu la bonne idée de brancher mes connexions sur un celles d’un autre usager et suis privé depuis plus d’un mois et demi de connexion internet…

Aujourd’hui, je propose une petite visite de l’Odéon selon les manies désormais habituelles qui caractérisent ce site, à savoir sous l’angle de l’ésotérisme. Tout commence en 1774, lorsque Louis XVI ordonne la construction d’un théâtre devant accueillir la troupe des comédiens-français, jouant jadis dans la salle des Fossés saint Germain, salle devenue obsolète et insalubre, et réfugiés depuis 1762 aux Tuileries. Charles de Wailly, élève de Servandoni (Saint-Sulpice) s’occupe des plans de ce qui est alors le théâtre français et livre l’ouvrage en 1782. Dès 1797, le théâtre devient l’Odéon, qui est un jeu de mots sur l’odeum, mot latin désignant le chant, et l’Odéon, scène grecque où se déroulaient les concours musicaux.

Mais en 1799, le théâtre est incendié et il faut attendre 1807 pour que Chalgrin le reconstruise avant qu’il ne soit détruit et reconstruit à nouveau en 1818. A l’instar des péripéties brûlantes du théâtre, sa fréquentation est un échec lamentable : la bourgeoisie ne le fréquente guère et goûte davantage les scènes classiques de la rive droite ; il faut attendre les années 1950 et l’influence de Jean-Louis Barrault pour qu’il retrouve son prestige et sa modernité, qu’il avait perdus depuis plus d’un siècle.

Architecturalement, le théâtre de l’Odéon est fort intéressant : parfaitement rectangulaire, il trône sur une place circulaire, reproduisant le très classique schéma du carré long (rectangle) inscrit dans un cercle. Symboliquement, une telle configuration semble assez claire : le cercle est symbole de l’univers, de l’infini, tandis que le carré (long ou non), tend vers le rythme quaternaire (les quatre angles) de l’influx cosmique. « Le carré inscrit dans cercle signifie donc le monde et l’ordre du monde. »[1] Cela est assez cohérent eu égard le nom donné au théâtre, l’Odéon, qui fait indubitablement signe vers la connotation musicale du théâtre, c’est-à-dire vers ce que les Grecs avaient coutume d’appeler l’harmonie des sphères, réglant le rythme du monde ; ainsi se comprend le nom musical quelque peu incongru donné à un théâtre, précisément grâce à la simple configuration architecturale du monument et du lieu où il prend place.

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Théâtre de l’ordre du monde et de la force rythmique de l’univers, l’Odéon se devait de signifier l’Ordre universel dans toute sa force : pour ce faire nulle colonne ne lui était plus appropriée que la colonne dorique, qui orne effectivement sa façade nord, dans l’exacte mesure où la colonne dorique « évoque l’idée de force et de grandeur »[2]. Force de l’ordre et du rythme universels, l’Odéon semble dès lors faire signe vers une reproduction en miniature de la cosmologie ésotérique ; nous trouvons confirmation en levant le nez afin d’apercevoir, sur le toit du théâtre, une pyramide aux proportions égyptiennes. Conformément à ce que l’on a coutume d’appeler le Ka de l’univers, c’est-à-dire le point de force régulant l’ordre cosmique, figuré sous forme de pyramide, nous avons bien une pyramide égyptienne, ordonnée selon les contraintes de l’ordre cosmique : l’entrée est au Nord, elle doit indiquer les quatre points cardinaux, et symboliser ainsi le point de force central d’où s’organise le rythme cosmique.

Dans ces conditions, on peut s’interroger sur la dimension symbolique du coup d’Etat du 18 Fructidor, an V, qui eut lieu très précisément au cours d’une réunion du Conseil des Cinq-Cents, se tenant… à l’Odéon.




[1] Hué, cité par Jules Boucher, La symbolique maçonnique, Dervy, 1948, p. 78

[2] Ibid. p. 101


Le square Paul Langevin : un temple maçonnique en miniature

Bon d’accord, ok, ce n’est pas la Contrescarpe ni la rue Mouffetard ; mais quand même, c’est pas si loin… Mais de quoi parle-t-il ??? Ah oui, pardon. Du petit square Paul Langevin à l’angle de la rue Monge et de la rue des Ecoles. Vous savez ce square ombragé, où la jeunesse dorée du 5ème arrondissement, tout juste sortie du collège des Ecossais, va s’ébrouer gaiement sous les yeux sévères mais justes d’imposantes nounous martiniquaises. 

Bon, alors ce sera le square Paul Langevin ; mais pourquoi nous bassine-t-il les oreilles avec ce square ? On y trouve une petite statue de François Villon qui fréquentait dès 1450 la place Maubert[1], bon, et alors ? Ah, il n’y a pas que ça ? Il va quand même pas nous faire le coup du symbolisme caché dans ce jardin d’enfants ? Si ? Mais il devient fou le Coincoin ! Allez, on va lui faire plaisir et on va l’écouter encore une fois, mais c’est la dernière ! 

Paul Langevin, tout d’abord, qui est-ce ? Un physicien, certes, inhumé au Panthéon, professeur au Collège de France, mais aussi membre du Grand Orient de France, et président de la Ligue des Droits de l’Homme[2], cette dernière étant l’anti-chambre de la maçonnerie, particulièrement dans les années 40. Pourquoi ne pas, dans ces conditions, risquer une hypothèse ? Pourquoi ne pas se dire que baptiser un petit square du nom d’un physicien membre du GO c’est signaler à l’initié qu’il y a quelques symboles disséminés au sein du petit square ? Alors cherchons. 

Le square est petit, nous aurons vite fait de trouver : il s’agit d’une frise, certes vaguement recouverte par la végétation, qui avait décoré le Palais de l’Industrie à l’exposition universelle de 1889, et que l’on avait transposée ici, pour illustrer le parcours du brillant physicien. Le premier médaillon de gauche est on ne peut plus classique en maçonnerie : équerre et compas, soit selon la symbolique de ces outils habituels, l’association de la matière passive (l’équerre) et de l’esprit actif (le compas). Quant au sens général de ces outils, le compas désigne la « mesure dans la recherche » tandis que l’équerre, plus matérielle, s’associe à l’action, à la « rectitude dans l’action »[3] Comment mieux traduire la double casquette de Langevin, à la fois physicien hors-pair, (connaissance, esprit, compas) et résistant, président du comité de vigilance anti-fasciste (matière, travail, action, équerre) ?

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Mais on ne saurait s’arrêter là ; ce médaillon de gauche présente également une branche d’acacia, entourant l’équerre et le compas. Si l’on comprend, de prime abord, le rapport entre Langevin et l’équerre / compas, la présence de l’acacia est plus étonnante ; pourtant, il ne faut pas perdre de vue que nous sommes dans un square, destiné à d’enfantins ébats. « La forme ancienne du piquant végétal de l’épine est akantha, mot qui, par extension, signifie la plante elle-même comportant des épines : l’acanthe, l’acacia. 

L’humanité en sa marche progressive est comme un enfant qui, au fur et à mesure de son développement intellectuel, augmente son répertoire. De nouveaux mots, tirés des précédents, viennent permettre de différencier les objets ayant les mêmes caractéristiques générales, mais cependant dissemblables ou distincts par quelques traits. »[4] 

L’acacia est donc symbole de découverte initiale, de développement primaire, de candeur enfantine avant que ne se constitue le savoir. « Akakia signifiera donc l’innocence, l’ingénuité que symbolise l’arbuste. »[5] 

Ainsi, sans le savoir, ces chères petites têtes blondes glissent-elles le long de toboggans polychromes, sous l’œil attentif de l’innocence ingénue (acacia), qui, grâce à l’initiation progressive, mènera au grade d’initié, détenteur du savoir pratique (équerre) et théorique (compas). 

Quid, dans ces conditions, du second médaillon, celui de droite ? Il reprend la symbolique du premier médaillon, mais à un niveau plus cosmologique. Nous avons en effet un delta scalène (équilatéral) d’où pend un fil à plomb. Ainsi nous sont donnés du même geste la verticale (fil à plomb) et l’horizontal formé par la perpendiculaire avec la base du delta. Or, à l’activité de l’esprit-compas et la passivité de la matière-équerre, répondent l’activité de la verticalité et la passivité de l’horizontalité. Toutefois, à l’instar du symbolisme du jardin atlantique, il convient de penser la verticalité et l’horizontalité dans leur dimension cosmologique, c’est-à-dire comme le jeu réciproque des directions complémentaires de l’Univers. 

Ce n’est qu’à présent que nous pouvons lire en son entier la frise constituée des deux médaillons : à gauche, l’équerre se trouve barrée du compas, accomplissant le passage de la matière à l’esprit, puis cette transformation se poursuit à droite grâce à la découverte cosmologique de la double directionnalité de l’univers : l’horizontalité est délivrée par la base du delta, qui se trouve elle-même barrée par le fil à plomb indiquant la verticalité. Or, l’horizontalité délivrée par la base du delta se nomme le « niveau » tandis que le fil à plomb peut être nommé, selon la tradition, « perpendiculaire ». Et, nous dit Jules Boucher, « Les signes d’apprenti, de Compagnon et de Maître se font toujours par Equerre, Niveau et Perpendiculaire. »[6] Nous avons donc, dans ce petit square, les trois grades fondamentaux de la maçonnerie, inscrits sur la frise murale, comme si ce petit square était en fait un temple maçonnique où évoluent les trois grades de maçonnerie. Cette interprétation trouve confirmation dans les flambeaux encadrant les deux médaillons, puisque, nous dit encore Boucher, « le Temple doit être symboliquement éclairé par des flammes. »[7] 

Le square Paul Langevin est, bel est bien, un temple maçonnique miniaturisé. 




[1] Action artistique de la ville de Paris, Le 5ème arrondissement de Paris, 2000, p. 58

[2] Raphaël Aurillac, Guide du Paris maçonnique, Dervy, 1998, p. 234

[3] Jules Boucher, La symbolique maçonnique, Dervy, 1948, p. 23

[4] Ibid. p. 265

[5] Ibid. p. 266

[6] Ibid. p. 328

[7] Ibid. p. 116


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