Le nez en l’air : le blog de Coincoin


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Le Jardin atlantique : un lieu de passage vers l’immortalité

Après le succès de l’article sur l’ésotérisme de l’église Saint Merri, je propose une mise au vert avec la découverte des Jardins atlantiques, situés en plein cœur de la Gare Montparnasse. Pour accéder à cette resucée des jardins suspendus, il faut accéder au niveau de la gare grandes lignes (gare TGV), se diriger jusqu’au quai le plus à gauche et de là emprunter un escalator. En haut se dressent d’énigmatiques jardins dont peu connaissent l’existence. Une autre entrée est possible à partir du Boulevard Pasteur. 

Ainsi, au-dessus de la gare, une immense dalle de 5 ha a été installée dont 3,5 ha étaient dédiés à un espace verdoyant. D’allure futuriste, les jardins atlantiques s’organisent autour d’une vaste pelouse centrale carrée, où sont implantés d’étranges instruments de mesure des vents, des intempéries, et de la température. Avant même de découvrir les lieux, une lecture rapide sur la brochure de la mairie de Paris signale la dimension plus que symbolique du lieu : 

« Le jardin s’est inspiré de la géométrie régulière et dégagée des jardins à la française, au centre et à l’Ouest, et du relief accidenté des parcs paysagers anglais à la végétation plus touffue, à l’Est. Les enfants y trouveront une fantastique aire de jeux sur le thème de l’océan. A l’Ouest du jardin, des tennis (dépendants d’un club sportif), une aire de musculation et deux tables de ping-pong symbolisent le soleil et l’énergie. Tandis que l’Est symbolise l’ombre et la rêverie.

Une majorité de pins au feuillage persistant, donc toujours vert, donne au jardin un aspect accueillant. Les plantes vivaces aux tons de blanc, mauve et bleu rappellent la couleur de l’azur et de l’océan. La pelouse centrale est cernée par deux rangées d’arbres, originaires des pays qui s’étendent de part et d’autre de l’Atlantique. »[1] 

Par le soleil et l’ombre, la rêverie et l’activité, l’Est et l’Ouest, le français et l’Anglais, le ciel et la terre, le jardin se construit sur la complémentarité des éléments, sur l’opposition duale des choses et des points cardinaux, sans toutefois exclure une résorption de ces oppositions. En effet, si le jardin est carré, son centre recèle une étrange présence non arborée, des plus troublantes. 

Cette vaste pelouse est ornée, de fait, « en son centre, par l’île des Hespérides »[2], dont l’appellation officielle ne peut qu’intriguer. Les Hespérides, on le sait, sont les filles d’Atlas et d’Hesphéris, et vivent dans une sorte de paradis où la pomme d’or figure l’immortalité, pomme d’or protégée par un dragon, lequel dragon se trouve ainsi associé à l’obstacle majeur d’un accès à l’immortalité. Or la mythologie précise qu’un seul personnage surmonta tous les obstacles, et ce personnage n’est autre que le célèbre Héraclès.

jardinatlantique.jpg

Nous pouvons donc, dès à présent, interpréter cette « île des Hespérides » comme le centre majeur, le point central, l’omphalos même de l’ensemble des jardins, omphalos vers lequel il faut parvenir à tout prix comme si l’immortalité en dépendait. Du reste, comme pour confirmer cette interprétation de l’île des Hespérides, la brochure de la ville de Paris explique qu’ « en son centre, la fontaine de l’île des Hespérides (…) est dédiée au ciel. »[3], le ciel évoquant bien sûr l’immortalité. Quant à Héraclès, héros promis à l’immortalité dans la mythologie des Hespérides, on en trouve, comme par hasard, une représentation de Bourdelle dans le Hall Pasteur bordant le jardin Atlantique… 

Néanmoins, on ne saurait s’arrêter en si bon chemin. Ce jardin atlantique, j’ai tenté de le suggérer, se trouve dédié à la quête de l’immortalité, particulièrement en son centre insulaire, judicieusement appelé île des Hespérides. Mais toute accession à l’immortalité suppose que l’on parte de la mortalité, de la finitude d’ici-bas ; ainsi, après avoir levé le nez vers la fontaine dédiée au ciel, rappelons-nous d’abord notre condition terrestre et baissons le regard ; là, un œil gigantesque s’offrira au regard, œil dont émanent 8 rayons[4]. Sans vouloir sombrer dans l’obsession numérologique, il me semble que prendre au sérieux ces représentations symboliques ne serait pas faire preuve de mauvaise foi. Il me semble donc que le 8, inscrit au sol, doit être interprété en fonction du sens général du jardin Atlantique, sorte de reproduction miniature des dualités mondaines, et de la nature en son entier, mais aussi en fonction de la présence, aux côtés de ces 8 rayons d’instruments mesurant le vent. « Huit, lit-on dans le Dictionnaire des symboles, est universellement le nombre de l’équilibre cosmique. »[5] Equilibre cosmique dont on pourrait parfaitement imaginer la réalisation dans l’île des Hespérides qui vient à bout des oppositions décrites dans la Brochure : Est / Ouest, Nord, Sud, Lumière / ombre, etc. 

« C’est le nombre des directions cardinales, auquel s’ajoute celui des directions intermédiaires »[6] Ainsi on comprend mieux l’insistance de la brochure sur le sens des directions cardinales et leur dualité, résorbées dans l’équilibre du 8, figuré par l’île des Hespérides. 

« c’est le nombre de la rose des vents, de la Tour des Vents athénienne. »[7] Peut-on encore s’étonner de la présence d’instruments mesurant les vents ?…

oeilmontparnasse.jpg

   Mais quid du lien avec le ciel, de la transition vers l’immortalité, demandera le lecteur attentif ? Nos auteurs poursuivent en ces termes : « le nombre huit, l’octogone, ont aussi une valeur de médiation entre le carré et le cercle, entre la Terre et le Ciel, et sont donc en rapport avec le monde intermédiaire. »[8] Peut-on mieux symboliser l’idée de passage vers l’immortalité, idée induite par le sens même des Hespérides et la représentation par Bourdelle d’Héraclès, que par la figuration du nombre 8 ? J’en doute… 

Ce qui est proprement remarquable dans les symboles ésotériques, architecturaux ou autre, c’est la cohérence de l’ensemble, l’incroyable agencement des choses et des êtres qui leur permet de se répondre dans un geste pratiquement systématique, si bien que la découverte d’un seul indice permet de démêler l’ensemble du sens d’une réalisation. C’est cela qui, essentiellement, me semble fascinant. 



[1] Description sur le site de la mairie de Paris

[2] Action artistique de la ville de Paris, Le 14ème arrondissement, Paris, 2000, p. 128

[3] site de la mairie de Paris

[4] Je dis bien 8 et non 14 comme on peut le lire de temps à autre.

[5] Jean Chevalier, Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont, coll. Bouquins, 1992, p. 511

[6] Ibid.

[7] Ibid.

[8] Ibid.


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