Le nez en l’air : le blog de Coincoin



La notion de joie chez Spinoza : Introduction

L’article qui suit est une version légèrement modifiée d’un article qui avait initialement paru sur le blog d’Elise ; qu’elle soit ici remerciée de sa féconde inspiration, à l’égard de ce modeste article sur lequel il y aurait, hélas, beaucoup à redire… 

Spinoza est à mes yeux incompréhensible. Incompréhensible parce que contrairement aux Méditations de Descartes, par exemple, je ne suis jamais parvenu à reproduire moi-même l’itinéraire spirituel proposé par Spinoza, afin de parvenir à la béatitude. Car, il ne faut jamais l’oublier, Spinoza nous convie, dans l’Ethique, à la béatitude ; qui a refermé l’ouvrage doit avoir, sous peine de mécompréhension, atteint une béatitude éternelle. « C’est en ce sens, écrit Alquié, qu’il se sépare de tous les philosophes occidentaux de l’époque moderne. On n’a pas assez insisté sur cette différence, pas assez averti, au début de toute étude consacrée à Spinoza, que nous quittons avec lui le terrain sur lequel Descartes, Malebranche, Leibniz, Kant se sont placés. Or, c’est de cette différence que provient l’incompréhensibilité de l’Ethique. »[1] 

A la suite d’Alquié, donc, je le dis clairement : je ne comprends pas Spinoza. 

La question de la joie spinoziste est un concept central de l’Ethique, un pivot même pourrions-nous dire, mais un concept que, au même titre que l’Ethique en son entier, je ne comprends pas. Pourtant, si l’on regarde les définitions, la joie est on ne peut plus limpide : une passion par laquelle l’âme passe à une perfection plus grande. Cette notion de « passage » est capitale, ainsi que je tenterai de le démontrer ultérieurement ; il est essentiel de comprendre que la joie n’est pas un état, mais un passage, une transition, et en aucun cas, comme le remarque Delbos[2], une perfection en acte, comme on en trouve tant chez Aristote ou dans la scolastique. 

L’essentiel du problème amené par la joie au sein du système spinoziste réside dans sa nature : bien que joie, elle est définie comme passive, ce qui grève d’avance la possibilité même d’une joie totale : l’extériorité de la cause sera toujours source de tristesse, laissera toujours la porte ouverte à une titillatio coquine qui viendra nous taquiner. Une joie pleinement vécue serait dès lors une joie active, une joie que l’âme connaîtrait en se contemplant elle-même ;  mais une telle possibilité, cela est évident, engage la totalité du système spinoziste, pour être accomplie. Autrement dit, la joie charrie avec elle l’entièreté de l’Ethique, en ce que, ainsi que je vais tenter de le montrer, elle suppose le passage – le saut – dans la béatitude et la liberté divine pour être véritablement vécue et expérimentée. C’est à la possibilité d’un tel saut qu’est consacré le présent article, qui ne prétend en rien à l’originalité, hélas…


[1] Ferdinand Alquié, Le rationalisme de Spinoza, PUF, coll. Epiméthée, 1981, p. 11

[2] Victor Delbos, Le Spinozisme, Vrin, 2005, p. 130, sqq.


  1. haliotoide écrit:

    Cher Coincoin,

    J’avoue que malgré la clarté et la précision de cet ensemble sur Spinoza, je reste moi aussi sur ma faim quant à un début de compréhension du sujet. J’ai beau lire et relire tout ceci, je n’arrive pas à en dégager la substantifique moêlle. Non qu’elle n’existe pas, bien sûr, mais j’ai beau en retourner les énoncés et les raisonnements, rien ne vient qui puisse me faire croire que je suis devenu plus intelligent par cette lecture. Ce n’est pas de ta faute, c’est de la mienne. Il me manque probablement une certaine sensibilité au sujet et je le regrette.

    J’ai quand même envie de mettre en commentaire un assez médiocre aphorisme qui fut la conclusion d’une discussion avec un aumonier du coin, homme charmant mais qui me paraîssait trop imbu de sa foi pour aborder toute question philosophique ou théologique autrement qu’à travers elle. Nous avons discuté pendant plus d’une heure et j’avais relu un chapitre de Kant la veille (je ne sais plus lequel). Les deux (Kant et l’aumonier) m’avaient mis de fort mauvaise humeur et j’écrivais ceci :

    « Les philosophes aiment tellement la sagesse qu’ils tentent de la cacher dans la forêt de la raison, les religieux en ont une peur si dense qu’ils s’en défendent derrière le mur de la foi ».

    Ce n’est pas très brillant, c’est peut-être un plagiat et ça n’a aucun rapport avec cet ensemble sur Spinoza, mais c’est quand même ce que j’avais envie de dire, là, tout de suite. Donc je l’ai dit.

    Dernière publication sur l'Haliotoïde : Sur le burkini, c'est décidé, je me mets à nu.

    Citer | Posté 9 avril, 2007, 10:42
  2. camille écrit:

    on dirait Giono dans je ne sais plsu quel bouquin, où il fait une grosse digression sur les oies, qui se termine par un « j’avais envie de le dire, je l’ai dit ». ça me fait toujours autant rouler par terre de rire. ce qui n’est pas très philosophic-attitude, je vous le concède.

    Citer | Posté 11 avril, 2007, 15:36
  3. haliotoide écrit:

    Me voici comparé à Giono. Enfin !
    Dis-donc Camille, je croyais qu’on se tutoyait maintenant ?

    Dernière publication sur l'Haliotoïde : Sur le burkini, c'est décidé, je me mets à nu.

    Citer | Posté 11 avril, 2007, 21:54
  4. camille écrit:

    ah oui c’est vrai. tu m’excuses? alleeeezzzz, ne te fâche pas.

    tu aimes giono toi aussi? remarque, si tu comptes toujours t’installer en Provence – du côté de Vence si mes souvenirs sont bons?- c’est plutôt bien..

    Citer | Posté 12 avril, 2007, 9:02
  5. Nez en l'air écrit:

    Cher Halio, là où il y a gêne il n’y a pas de plaisir. Donc vous fîtes bien.

    Citer | Posté 12 avril, 2007, 21:19
  6. Nez en l'air écrit:

    h ouais, vous aimez Giono ?

    Citer | Posté 12 avril, 2007, 21:30
  7. Nez en l'air écrit:

    cela étant, je dois dire une chose : je n’aime pas spinoza et il est fort probable que le post traduise cette inimitié et ne puisse donc communiquer un élan intellectuel quelconque. Je préfère de loin descartes, Hegel, Husserl ou Maître Eckhart. A venir d’ailleurs, très rapidement, quelques textes sur descartes…

    Citer | Posté 12 avril, 2007, 21:35
  8. Nez en l'air écrit:

    tiens, Elise est à Vence en ce moment.

    Citer | Posté 12 avril, 2007, 21:38
  9. parmenide écrit:

    J’ai beaucoup apprécié votre remarque insistante sur l’importance de la joie dans la pensée de Spinoza. Je le dis car, contrairement à vous, Spinoza a été parmi les grands hommes de notre temps qui me permettent de continuer à vivre. Heidegger aussi, mais à son sujet que vous semblez maitriser aussi, cette question : pourquoi n’y a-t-il, comme chez Hegel, que peu de place pour Spinoza dans sa pensée ?

    Citer | Posté 8 décembre, 2010, 12:11
  10. bruno écrit:

    bravo pour votre site, je vous invite à lire mon livre le bonheur avec spinoza qui rend son Ethique simple et claire à comprendre, amicalement, Bruno Giuliani

    Citer | Posté 11 février, 2012, 18:14

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