Le nez en l’air : le blog de Coincoin


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Mardi 15 août : Où Monsieur Mousse chasse bien vite les dernières notes de blues…

Réveil, on se lave un peu, pas trop, histoire d’être bien crades le soir en arrivant, le temps n’est pas génial, il pleuviote, le vent se lève. Nous prenons la route, petite pause photo, du haut du pont afin de regarder une dernière fois les remparts.

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On s’aperçoit bien vite qu’on ne saura pas quitter la ville et retourner au canal ; on tourne en rond. Fort heureusement, une famille composée de parents et de deux filles, dont la plus âgée a bien 12 ans, nous guide jusqu’au canal. Très sympa cette petite famille. Ils veulent rejoindre, en une journée, Béziers, de Carcassonne !!!! Mouais, on a du mal à croire qu’ils y arriveront. D’ailleurs la mère est à la traîne ; elle trouve le moyen de se vautrer magnifiquement alors qu’elle téléphonait à une amie pour lui raconter sa vie. Nous retenons difficilement un fou rire. L’état du canal ne s’arrange pas, racines, pierres, obstacles de plus en plus nombreux ; nous sommes obligés de faire demi-tour, après avoir emprunté une portion du canal impraticable. Nous aidons la petite famille à porter les vélos sur un chemin surélevé, et nous en profitons pour retenir que la plus âgée des deux filles s’appelle Margot. Margot… Nous serons, jusqu’à la fin du séjour, presque autant en quête de Margot que du fameux boulard perdu. Nous finissons par doubler le petit groupe, car la mère se traîne. La route devient épuisante. Nous souffrons. Nul resto d’écluse pour étancher notre soif ; seules les gourdes au goût caoutchouteux délivreront quelques précieuses gouttes d’eau à notre gosier assoiffé.

Après plusieurs heure de canal, nous finissons par trouver un restaurant à l’allure accueillante, le RIVASSEL, lequel tombe bien car nous sommes affamés. Alors que le restaurant est à moitié vide, nous avons la surprise d’apprendre qu’il n’y a plus de places ; mieux, alors qu’il est écrit en toutes lettres qu’ils font des pizzas à emporter, le cuisinier refuse de nous en faire : « pas le temps ! » nous aboie-t-il sèchement. Scandale ! Nous parlons à voix haute entre nous, et faisons croire que nous avons des relations dans les guides touristiques… En tout cas, pour la première fois de notre vie, un restaurant ouvert et à moitié vide refuse de nous servir, et pis, encore, refuse de nous donner des pizzas à emporter alors même que la possibilité était écrite sur les cartes ; était-ce bien légal de la part du RIVASSEL ? Nous en doutons encore… Alessandro, un peu frustré de l’accueil, attribuera à ma casquette du PSG la mauvaise qualité de celui-ci… Pleins de mansuétude, nous ne portâmes guère plainte pour discrimination et pourtant nous aurions pu… Le warrior tour se devait d’avoir ses aléas et ses imprévus, celui-ci fut particulièrement détestable.

Sebastiano ne perd pas espoir, il demande à un autochtone s’il y a une boulangerie ou un autre restaurant dans le coin ; le vieil homme lui empoigne violemment le bras et lui répond dans une langue qui se voudrait être du français ; nous partons à l’assaut de la ville, enfin, du lieu-dit, et nous ne trouvons nulle boulangerie ouverte ; étonnant pour un 15 août à 13h50… Quand soudain, une pancarte « Cross Roads » signale la proximité d’un ptit resto ; nous y allons, il est ouvert !!!! En plus d’être désagréable, le type du Rivassel nous a menti ; il y a un autre restaurant dans le bourg. Un mec très sympa, proche de la soixantaine nous accueille, d’un ton plein de bonhomie.

Un fond musical très rock’n’roll emplit doucement l’espace ; pour plaisanter, je dis à mes acolytes que c’est Muddy Waters à la guitare. Coup de bol, c’était lui ; le gars nous met alors un disque de Muddy Waters ;  Keith Richards, s’il nous avait accompagné, eût exulté ; le bonhomme nous explique fièrement qu’il possède 10 000 heures de musique, essentiellement de rock’n’roll et de blues. Ah… Il nous prend pour des connaisseurs, et nous demande ce que nous voudrions écouter. Il passe du Eddie Cochran.

Le repas est bon, pas trop cher, comme nous sommes seuls nous sommes particulièrement soignés. Je donne l’adresse :

CROSSROADS, 2 avenue des lotissements, 11 700 la Redorte. On y est fort bien reçu et on y déjeune pour pas cher, de bons mets cuisinés sous nos yeux. Seul bémol, sa serveuse semble vouloir le « quitter » ; ah, en quel sens ? On ne sait pas très bien… On l’entend dire : « Je te souhaite de t’entendre aussi bien avec Cédric que tu t’entendais avec moi. »

La fille semble déterminée ; elle se prénomme Sandra. Mignonne. Le gars nous fait un peu pitié, abandonné de sa serveuse, avec ses 3 seuls clients du déjeuner, tout seul parmi ses 10 000 heures de blues. Mais il est sympa. Ca sent le gars qui s’est endetté à vie pour agrandir un restaurant isolé, en périphérie de tout passage. Et qui se fait progressivement larguer par tout son entourage, trouvant dans le blues le remède à sa mélancolie.

Nous lui demandons, avant de partir, comment on se rend au Somail. Son regard s’allume ; « le plus beau petit village de l’Aude » affirme-t-il. Il nous décrit un itinéraire routier. Nous lui disons que nous désirons nous y rendre par le canal : « oh pétard ! » s’écrie notre hôte. Le trajet lui semble insurmontable. Il ne pouvait pas savoir qu’il avait en face de lui 3 warriors prêts à tout !

Nous partons, rassasiés et heureux, la tête pleine des riffs endiablés d’Eddie Cochran. La serveuse lui fait une scène…

Nous retrouvons notre canal, et roulons à un petit rythme. A une écluse, nous croisons Margot et sa petite famille, ainsi que la serveuse qui voulait quitter notre sympathique rock’n’roll man ; je m’écrie : « mais c’est Sandra ! » Elle se retourne, ainsi que les 4 mecs qui l’entourent. Fou rire de notre part.

Margot ne nous a pas vus ; elle est dans le resto de l’écluse ; en revanche, sa sœur nous regarde. Re-dilemme ; que faisons-nous, nous les attendons ? Oui ? Non ? Le boulard n’attendant pas, nous repartons.

Le sentier est de plus en plus fatigant, quand soudain, sur la rive opposée, un groupe, que dis-je un groupe, une nuée de filles magnifiques se promène en famille. Sebastiano frétille. Changer de rive ? Trouver un prétexte, vite ! Nous ralentissons l’allure, et nous retrouvons au rythme d’une famille de promeneurs, que nous saluons poliment ; la fille, d’une quinzaine d’années, belle petite blonde animée d’une inhabituelle joie de vivre nous crie un « BONYOUR !!!!!!!!!!!!!! » Nous risquons de tomber de vélo, tellement ce cri, franc et innocent, était inattendu et spontané. Ah, ce « BONYOUOUOUOUOUOUOUR !!!!!! », si vite devenu mythique… Probablement une suédoise ou une nordique, trop heureuse de pouvoir hurler un mot en français… On ne s’en lasse guère : « BONYOUOUOUOUOUOUOUR !!!!! » Cette joie avec laquelle elle nous lança l’interjection me remplit, encore aujourd’hui, d’une certaine foi en l’humanité ; il y a des naissances de sentiments humanistes à partir de bien peu de choses parfois…

Mais revenons à notre petit groupe de l’autre rive ; que faire ? Pour notre plus grand bonheur, il se dirige vers un château, producteur de vins ; nous n’hésitons plus, nous traversons la rive et pénétrons dans le château ; l’alibi est excellent, une averse nous assaille. Mais les filles ont disparu, elles font connement la visite du château ; nous ne pouvons les suivre. Alors nous goûtons la production vinicole du domaine. Absolument infecte. Une insulte au bon goût français ; Alessandro ne me contredira pas.

Les filles ressortent. Evidemment, nul d’entre nous ne leur adresse la parole. Looser nous fûmes, looser nous resterons. Nous les regardons partir, lentement, jusqu’à ce que leur forme délicieuse ne soit plus qu’une ombre, sur le lointain de la brume du canal.

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Leur image s’efface au lointain…

Il est plus que temps de repartir ; il pleut, Alessandro a sorti un infâme K-Way rouge, aux couleurs de Ferrari, et nous sommes déjà trempés. Le Somail n’est plus bien loin. Quelques kilomètres et nous finissons par arriver dans le fameux « plus beau village » de la région. Une femme étrange déambule, les bras croisés sur la place du village ; puis s’arrête, puis repart. Nous n’avons pas l’adresse exacte du gîte. Sebastiano pénètre dans l’office du tourisme, extraordinairement grand pour un village de quelques centaines d’âmes. Le Somail est un lieu baigné de mystères inquiétants. Il en ressort en nous expliquant que la femme qui va et vient est notre hôte. Nous l’abordons, c’est elle, en effet. Nous nous rendons au gîte, de l’autre côté du petit pont, principale artère de la ville, où deux voitures ne peuvent se croiser.

LE NEPTUNE : Allée des Cyprès… (mystère et angoisses…)
 
Un homme louche nous accueille. Un « pot de bienvenue » nous est offert. Nous montons déposer les sacoches et nous redescendons. Le pot de bienvenue consiste en « eau, jus d’orange ». Alessandro demande du vin ; « oui, j’ai aussi » répond l’homme louche. Nous bavardons un peu avec lui, nous apprenons qu’il est flamand, qu’il parle anglais, allemand, français, flamand, italien. Sebastiano lui signale que lui et moi parlons italien également ; je pouffe. L’homme nous présente son fils, un jeune très brun d’une vingtaine d’années, aux cheveux longs, les yeux encore rougis du joint qu’il vient de se fumer en douce ; « bonjour » nous dit-il, d’une voix fluette d’une jeune fille de 8 ans. C’est un peu comme si Samy Frey avait la voix d’Elie Sémoun. Très louche. Nous remontons dans nos chambres ; un grand escalier de pierre nous y mène tandis que sur le mur, une image holographique d’une horloge qui INDIQUE RELLEMENT l’HEURE est projetée d’on ne sait trop où ; on finira par trouver le projecteur.

Un je ne sais quoi d’inquiétude commence à naître ; douche, repos préparation pour le dîner. Nous redescendons, et retombons sur notre ami flamand ; nous regardons la télé, Sarko au JT de 20h00 sur France 2 : « mais qu’est-ce que je dois faire, qu’est-ce que je dois faire ? » demande le ministre ; « un clandestin c’est quoi ? Je vais vous le dire… », « en tant que ministre de l’intérieur de la France, qu’est-ce que je dois faire ? etc. » toujours ce jeu  où il pose ses propres questions et donne lui-même la réponse. Marrant. Nous sentons que notre ami flamand n’est pas très sarkoziste. Soudain il se dirige vers nous, avec ses yeux pleins de veines éclatées, et nous donne quatre petits carrés en mousse ; « carrés mousse », nous dit-il. « C’est pour voir si vous êtes malins. » De plus en plus étrange.

Alessandro arrive à reconstituer un carré, moi aussi, ce qui fait accourir notre flamand ; il a une sorte de grille à la main ; « il faut vous noter » affirme-t-il. Chaque couleur est fonction d’une difficulté. Pourquoi cherche-t-il à évaluer notre capacité à reconstituer des carrés en mousse ???

Bref, nous partons dîner. Alessandro et moi avons chacun un trousseau de clés. Lui un violet, moi un jaune. Le resto est vraiment pas bon, mais c’est le seul où il y ait de la place. Satané 15 août ! La Vierge est peut-être montée aux cieux, mais elle n’a guère libéré de places pour les restos. Je mange des moules vraiment à la limite du décent. Je saute la conversation que nous avons eue sur la fidélité au restaurant, je n’en suis pas fier…

Petite promenade nocturne ;  c’est vrai que c’est charmant le Somail.

Retour au gîte. Monsieur Van der Mousse (le surnom que nous lui avons donné) nous attend, bras croisés ; il est pourtant 23h00. Le premier événement hallucinant se produit ; Alessandro et moi, qui avions chacun un trousseau, avons tous les deux perdu celui-ci. Nous levons les yeux, et en voyons un sur le porte-clés du gîte. Nous disons à van der Mousse que nous avons perdu les trousseaux, et celui-ci nous désigne le trousseau tranquillement accroché au mur. Nous restons interdits. Comment est-ce possible ??? Devant nos regards incrédules, van der Mousse, de sa petite voix lente, nous dit « C’est normal. »

Comment a-t-il pu nous donner deux trousseaux, en insistant sur le fait qu’il y en avait deux, et comment avons-nous pu les perdre, et comment en retrouver un accroché au mur, un seul, sans que van der Mousse ne s’en étonne ???

On commence à sérieusement flipper. Arrivée dans la chambre. Van der Mousse ou sa femme a dû passer ; les volets, que nous avions laissés ouverts, sont désormais fermés. Quelques affaires ont été déplacées. Avant de nous coucher, nous poussons la chaise contre la porte. On n’est vraiment pas rassurés.

On s’endort. Le pire est à venir…

A deux heures et deux minutes du matin, Sebastiano et moi poussons simultanément un cri : nous venons de cauchemarder exactement au même moment, et avons vraisemblablement rêvé de la même chose !!!!!!  Personnellement, j’ai rêvé de van der Mousse pénétrant dans la chambre, le visage illuminé, prêt à croquer nos corps. Le rêve de Sebastiano semble très proche. Au même moment !!!! Alassandro n’en revient pas.

Nous évoquons le rêve le lendemain matin au réveil ; les clés, les cauchemars simultanés, les carrés mousse, tout cela est furieusement inquiétant.


  1. PAILHE écrit:

    Monsieur,
    Je viens de tomber par hasard dans votre blog sur le commentaire que vous vous permettez de faire à mon endroit.
    Je vous somme par ce courriel de bien vouloir radier de votre article les mentions injurieuses et calomnieuses concernant mon restaurant. Si ce n’étais pas le cas et ce dans les plus brefs délais, je me verrai obligé d’utiliser tous les moyens légaux en mon pouvoir afin d’obtenir satisfaction. Il s’agit ici d’injures et de calomnies mensongères à mon égard et à l’égard de mon enseigne portant atteinte à ma bonne réputation.
    Je ne vous alue pas
    A vous lire

    Citer | Posté 4 juin, 2007, 21:15
  2. coincoin écrit:

    Cher Monsieur,

    Nous avons fait exprès de signaler l’accueil exécrable qui fut le vôtre lors de notre passage et tenions à le signaler aux lecteurs ; nous ne portons pas atteinte à la qualité gustative de votre établissement puisque nous n’avons pu y manger ; nous signalons juste que vous nous avez affirmé que le restaurant était plein alors qu’à peine un quart des tables étaient occupées et vous nous avez refusé des pizzas à emporter sous un prétexte fallacieux.

    Mais nous ne vous en voulons pas car nous avons ainsi eu la chance de rencontrer le gérant du Cross Road qui, lui, nous a fort aimablement accueilli.

    Citer | Posté 5 juin, 2007, 14:03

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