Le nez en l’air : le blog de Coincoin



Dimanche 13 août : où l’on rencontre “Grand Maître Cassoulet”

Temps magnifique, on se lève, il y a un bordel monstrueux dans la petite chambre du Campanile, on ouvre les volets donnant immédiatement sur le parking et tous les clients peuvent nous apercevoir émerger d’un sommeil un peu bref, le torse souvent nu, et les yeux encore rougis des rêves avortés. On fait semblant de se laver, et on file bouffer, non sans avoir regardé une bonne demi-heure la télé. Lyon a été tenu en échec par je ne sais plus quelle équipe ce qui met en fureur notre ami Alessandro ; ah, ces Italiens, ils ont le sang chaud…

Ptit déj, on en profite pour voler les journaux, et remplir d’eau d’Evian nos gourdes à l’arrière-goût de caoutchouc. Un bon gros gâchis, mais c’est ainsi… ce sera la réparation pour les cafards. Tiens les cafards, justement, parlons-en…Au moment de partir et de payer, nous évoquons la présence de ces petites bêtes, certes attachantes, mais un peu collantes au bout du compte. La standardiste –non, une autre… – nous sort un énorme poster où figure un portrait de ces cafards. Ce sont de gentilles bestioles nous explique-t-elle, que d’imbéciles associations d’hygiène interdisent de tuer car elles « mangent les saletés malsaines » (sic !) Ah, je demande tout de même si ces « cafards » ne sont pas dangereux, ce qui suscite chez notre hôtesse des cris d’effroi : quoi, des cafards, non mais ça va pas, ce sont pas des cafards.

Ah, mais qu’est-ce que c’est alors ? Pas de réponse…

Sur ce, nous partons. Qu’est-ce qu’on va se mettre… Nous sortons de la zone commerciale de l’hôtel et reprenons le canal. Le temps est sublime, le canal serpente tranquillement sous une lumière ombragée, dont le vert aquatique absorbe et neutralise mollement les rayons les plus virulents. On roule depuis quelques minutes quand Sebastiano s’arrête : pause pipi. Ok. On en profite pour prendre nos premières vraies photos. Quelques péniches, parfois pleines de jolies filles inaccessibles, emmurées dans cette prison dorée, passent en nous toisant. Nous repérons trois belles blondes, devant lesquelles nous démontrons l’efficacité de notre nouvelle technique de drague : coups intempestifs de sonnette. Elles regardent, nous regardons, petit coucou de part et d’autre, nous savons que nous ne nous reverrons pas, petit pincement au cœur. Les péniches ne peuvent dépasser les 8 km, et nous, tels des bogosses, nous fonçons à des moyennes d’au moins 15 km, et ce, malgré les pauses pipi qui marquent chaque heure. Le bonheur.

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Nous roulons, nous roulons, quand soudain la faim nous assaille : de l’autre côté du canal se trouve quelque chose comme un restaurant d’autoroute. On demande notre route à un ptit couple de cyclistes parti de Bordeaux, qui a tout du couple échangiste, et demi-tour, traversée du canal, puis resto. Arrivée à l’espace routier. Pour moi qui n’ai jamais pris la voiture pour de longues distances, ce resto d’autoroute est un choc : des êtres qui flirtent avec l’obésité se déversent par dizaines, dans un flot ininterrompu de débardeurs et de tatouages. Malgré cela, nous mangeons, et nous en profitons pour visiter le musée du canal, qui présente la particularité d’être absolument dénué d’intérêt. Puis, dans un souci louable de préservation de sa stature physique, Sebastiano entame une impressionnante série de pompes, en public, sous l’œil admiratif – quoique rigolard – des jeunes filles – et moins jeunes – qui déambulent autour de nous.

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Survient alors l’apothéose : Sebastiano, regardant l’écluse, et l’eau se vider rapidement, lève les mains, et les descend progressivement en poussant quelques cris que nous retranscrirons par « è è è è è è è è è è !!!! » Je lui réponds en français, afin de faire bonne figure devant nos putatives conquêtes « Je credo qu’en français on dit « descendre ». »

Désespéré de cette impressionnante démonstration de loose, Alessandro s’est quelque peu éloigné de nous, afin de préserver sa dignité. Nous le rejoignons : war cabinet improvisé : qu’est-ce qu’on fait, on retourne voir les meufs, non on peut pas, si on peut, non on peut pas, on est grillé, on va leur parler en quelle langue, c’est foutu, on est trop con. Le war cabinet impromptu se conclut sur un aveu d’échec flagrant.

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Tant pis, on change de rive, mais on n’est même plus sûr qu’il faut changer. On poursuit nos balbutiements italiens, sur fond d’incertitudes : un homme nous croise et nous demande si nous sommes italiens. Sebastiano lui répond sans sourciller « si » ; le gars commence à nous parler en français, en mettant des « o » à tous les mots, et Sebastiano balbutie un italien à l’aide de « è ! » et de « si », « senestra », etc. Grand moment…

C’est pas le tout, mais à force de pédaler, malgré les pauses pipi, les pauses non-meufs, nous finissons par arriver à Castelnaudary. Castelnaudary… Comment dire ? C’est Groland mais en pire. Partout des bancs jonchés de grappes de vieux immobiles, guettant d’un œil surpris la moindre nouveauté dans ce conservatoire de l’inertie. De grabataires vieillards, au jean remonté jusqu’à la poitrine, surmontés de chemises à carreaux, le tout sous un fier béret ne couvrant pas suffisamment un visage boursouflé par le poids des ans et de l’alcool bon marché, jettent sur nous des regards inquisiteurs. Nonobstant cet accueil, nous paradons dans la ville, juchés sur nos vélos, comme d’antiques chevaliers traversant fièrement les contrées à l’aide de leurs nobles équidés. Hôtel du centre. Nous y sommes. L’hôtel est pas mal, on met les vélos dans une camionnette, on en profite pour donner quelques coups dans les quatre pauvres bicyclettes qui patientaient tristement au fond de ladite camionnette, douche, télé, achats de foie gras, et visite de la ville.

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Castelnaudary est une charmante petite bourgade, où il n’y a strictement rien, mais alors vraiment rien à faire. On se ballade un peu, on repère un groupe de filles sublimes, on les suit, elles vont au resto. Réflexe logique, on demande à prendre une table au même resto : la table est réservée. Drame ! On décide de venir au service suivant, en espérant retrouver les Vénus croisées auparavant et désormais insolemment attablées devant nos regards désolés d’être ainsi refoulés.

 En attendant, on prend un petit pot dans LE café de la ville, la plaque tournante sociale du bourg. Sebastiano est vraiment en manque de clopes, d’autant plus que deux filles pas mal fument inlassablement à sa gauche. Il les regarde, il les scrute, il hésite, puis finalement, il craque : il leur parle. Curieusement, il résiste à l’envie de leur demander une cigarette, mais il en profite malgré tout pour poser quelques questions. La fille répond (l’autre est partie téléphoner), elle est sympa, Sebastiano enchaîne les questions, tente quelques blagues ; elle est sous le charme.

Soudain, ils n’ont plus rien à se dire. Alors la conversation s’arrête, Sebastiano revient à son Pastis, et la fille à sa solitude. Le temps passe, il est déjà l’heure de quitter le petit café, qui d’ailleurs, à 22h00 ferme ses lourdes grilles de fer. Nous partons, et pénétrons dans l’auguste restaurant. Ce soir sera cassoulet ou ne sera pas.

 Les filles sont là, encore là devrais-je dire ; Alessandro, prenant son air le plus innocent, décide de s’asseoir en face d’elles, de telle sorte que Sebastiano et moi leur tournons le dos. Tandis qu’Alessandro se rince l’œil et qu’il ne cesse de s’écrier « qu’elles sont belles ! », nous fulminons et remarquons que le chef du restaurant est « Grand maître cassoulet » ; cela occasionne de nombreux fous rires. D’ailleurs, encore aujourd’hui, je ne puis l’écrire sans pouffer connement, tout seul dans mon grand studio si froid, en ce mois d’août agonisant de grisaille.

Les plats arrivent, les filles s’en vont ; on les voit passer, elles nous longent, tout en sachant pertinemment – le sixième sens féminin – que nous les avons guettées et matées, fût-ce le dos tourné. « Troque cassoulet contre trois bombes »… Bon, on en verra d’autres. Le cassoulet de Grand Maître cassoulet est bon. Alessandro qui n’aime pas la fierté locale – le cassoulet – nous regarde d’un air dégoûté et, peut-être plus encore, surpris. On en profite pour se brûler la langue, quand arrive un groupe d’une quinzaine de jeunes, gais comme les catacombes de Paris, un soir de Toussaint. De tout le repas, nous n’entendrons émaner de leur table que le son de la commande des plats. Jamais nous ne vîmes d’aussi tristes lurons, au restaurant ; comme s’ils célébraient un enterrement. Nous lançons bien fort quelques ironiques « quelle ambiance ! » qui restent sans réactions…

Tout ce beau monde finit par partir, alors que nous sommes encore scotchés à notre table ; nous demandons au garçon ce que signifie ce glorieux diplôme de « Grand maître Cassoulet » ; pétri de fierté, le serveur nous explique que c’est « l’académie universelle du Cassoulet (sic !), qui, par le biais du bouche à oreille (re sic !) décerne le prix de Grand maître Cassoulet au meilleur cassoulet de la région. » Ah, en somme un délire local hypostasié en « académie universelle »… Ce cassoulet restera un leitmotiv des délires du séjour.

On finit par partir, le ventre plein d’un cassoulet dont les émanations inquiètent Alessandro qui partagera le lit de Sebastiano.

C’est pas mal Castelnaudary, il y a un grand bassin que nous visitons de nuit après que nous eûmes pris en chasse deux nanas, se retournant nerveusement en nous voyant les suivre sans raison apparente. Evidemment, nous ne les rejoindrons jamais. Bref, nous faisons le tour de Castelnaudary, en pleine nuit. Retour à l’hôtel.

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Dans notre inlassable quête du Boulard perdu, un indice nous sera fourni à l’hôtel : Maître Zen. Avouons le, ce n’est pas génial, mais ça nous permet de commencer à entrevoir quelque chose. L’avenir nous réserve bien des surprises… Nous partirons en quête de Maître Zen qu’il nous s’agira d’imiter tout au cours du périple.

On dort.


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