Enterrement de vie de jeune fille de Camille : Le Val de Grâce
A l’issue de la visite de ces magnifiques jardins où, quand même, j’avais séché pas mal de fois l’héroïne, le destin s’inversa : Camille mobilisa tout son talent, et toute son érudition pour nous bluffer plus d’une fois. Ainsi, alors que nous végétions près de la fontaine de Carpeaux, à nouveau mitraillés par quelque touriste avide de souvenir insolite, je soumettais l’énigme suivante que j’avais imaginée quasiment insoluble. Lisez plutôt, chers lecteurs :
« Bénis soient les chanteurs de la Perfide Albion… »
Hé ben, vous me croirez si vous voudrez, mais en quelques secondes, mon énigme fut décodée : en moins de temps qu’il ne m’en faut pour l’écrire, Camille comprit qu’il s’agissait de la Schola Cantorum ce qui, au bas mot, nous médusa. Alors, pourquoi et comment trouva-t-elle la solution de cette énigme ? Il s’agit de bâtiments qui furent pendant un siècle le siège de la mission catholique anglaise ; vers 1600, les Bénédictins anglais de Westminster fuient l’Angleterre protestante d’Elisabeth 1er, et un particulier achète en 1640 la maison de la Trinité pour les accueillir. La chapelle Saint Edmond, construite de 1674 à 1677, sert aujourd’hui de salle de concert. D’où la schola cantorum.
Ne pouvant le visiter, nous nous dirigeâmes vers le val de Grâce où, grâce au lieutenant Tabbard, nous pûmes pénétrer les lieux, vêtus en mousquetaires. Remercions au passage l’extraordinaire diligence de la poste qui me fit parvenir à Paris le 1er octobre l’autorisation des officiels du val de Grâce qu’ils avaient postée à Paris… le 22 septembre, autorisation qui portait sur une visite du samedi 26 septembre ; toutefois, en bon prof de gauche qui se respecte, plus m’importe la dimension publique du service postal que son efficacité, j’ai des principes, quoi, merde !
Bref, nous nous rendîmes au Val de Grâce où, fait amusant, nous dûmes laisser nos épées en plastique dans le porte-parapluie, ce qui généra un tableau insolite des lieux. (Merci à Elise d’avoir eu la présence d’esprit de photographier cette perle). Nous découvrîmes de la sorte le musée des armés, dont je n’imaginais d’ailleurs pas la richesse ni la dimension traumatisante : les crânes défoncés par quelque obus allemand, laissant entrevoir derrière un nez atomisé quelques lambeaux du cerveau valent certainement tous les cours d’histoire du monde ; les vidéos sur l’Indochine où l’on voit les pièges sournois se refermer sur les soldats français confèrent une conscience aiguë de la difficulté de faire la guerre à ceux pour qui le choc frontal est une inconnue. Que dire de ces flèches verticales dissimulées sous quelque feuillage au sol, et sur lesquelles marchaient les combattants français, se transperçant les pieds dans des douleurs qu’on imagine infinies.
Après ces témoignages incarnés des guerres humaines – trop humaines – nous nous retrouvâmes un peu choqués, à tel point que nous eussions signé, si cela nous eût été présenté, quelque pétition imbécile contre la guerre – parce que la guerre c’est caca. C’est fou de constater combien la « prévertisation » des esprits guette dès que la réalité de la guerre apparaît dans son horreur et ses misères ; Napoléon, lui, eut le bon goût de ne pas laisser de photos trop réalistes de la retraite de Russie, ce qui permet de s’en faire une représentation encore romantique, que ne sauraient anéantir des clichés par trop concrets.
Après le musée, nous gagnâmes la chapelle en tant que telle, sorte de réplique miniature du Vatican, certes infiniment moins somptueuse – n’est pas le Bernin qui veut – mais malgré tout harmonieuse à souhait, et dotée d’un autel tout à fait remarquable. D’ailleurs, nous décidâmes de nous extasier, sauf Camille qui connaissait déjà (mais Camille connaît tout sauf le symbolisme des tortues).
Que Camille sache tout, nous en eûmes confirmation par l’épisode suivant : tout frétillant à l’idée de la sécher, je sortis fièrement mon petit papier sur lequel avait été noté un poème que j’imaginais peu célèbre, et je m’apprêtais à le déclamer sous la voûte du Séjour des bienheureux ; mais je commis l’irréparable : avant de le lire, je posai la question fatale : quel écrivain français commit ce poème douteux en l’honneur du Séjour des bienheureux de Mignard ? Avant même que ne résonnât le premier vers, Camille s’exclama : « Bah Molière ! » L’effet fut pire que si une colonie de Serbes m’eût brisé les rotules ; l’humiliation le disputa à l’admiration. Et pour donner une idée de la chose, je livre au lecteur avide de savoir, le poème in extenso, que je déclamai quand même :
« Digne fruit de vingt ans de travaux somptueux,
Auguste bâtiment, temple majestueux,
Dont le dôme superbe, élevé dans la nue,
Pare du grand Paris la magnifie vue
Et parmi tant d’objets semés de toutes parts
Du voyageur surpris prend les premiers regards,
Fais briller à jamais, dans ta noble richesse
La splendeur du saint vœu d’une grande princesse
Et porte un témoignage à la postérité
De sa magnificence et de sa piété ;
Conserve à mes neveux une montre fidèle
Des exquises beautés que tu tiens de son zèle ;
Mais défends bien surtout de l’injure des ans
Le chef d’œuvre fameux de ses riches présents ;
Cet éclatant morceau de savante peinture
Dont elle a couronné ta noble architecture ;
C’est le plus bel effet des grands soins qu’elle a pris
Et ton marbre et ton or ne sont point de ce prix. »[1]
Cela ne nous empêcha guère, fort heureusement, de nous pâmer d’aise devant les lignes harmonieuses de la chapelle, et de faire nos intéressants devant l’autel, avant que de trouver refuge sur les bancs grâce auxquels nous goûtâmes un repos salvifique, mais hélas trop bref.
[1] Molière, « La gloire du val de Grâce », Œuvres de Molière, tome 9, Paris, 1866
Enterrement de vie de jeune fille de Camille : De Saint Sulpice au Luxembourg
Nous empruntâmes donc le métro, sous le regard amusé-médusé-outré des voyageurs, des usagers, lesquels durent se demander s’il s’agissait encore d’une énième facétie de la RATP qui, après les poèmes un peu minables affichés en queue de rame, s’était décidée à promouvoir les jeunes créateurs de mode, ou s’il s’agissait d’une pub ambulante pour Intermarché. Bref, et modestement, nous attirâmes le regard.
En dépit de cette attraction visuelle dont nous étions à la fois l’objet et le sujet, nous parvînmes à bon port, et retrouvâmes la délicieuse place Saint Sulpice, hélas défigurée par des échafaudages si longtemps attendus pour la rénovation de Saint Sulpice et si décriés une fois montés. Nous prîmes la pause devant la fontaine de Visconti, représentant ces bons vieux Fénelon et Bossuet – entre autres – histoire d’humer les senteurs du Grand Siècle.

Puis nous gagnâmes, grâce à l’acuité géographique de Camille la rue Servandoni, l’architecte de Saint-Sulpice s’étant honteusement substitué aux pauvres fossoyeurs, dont seuls les trois mousquetaires semblaient vouloir garder trace. Fort heureusement, et comme pour confirmer la validité de cette première énigme, un morceau – probablement factice – de mur simulait un vestige de l’ancien nom de la rue, ce qui permit de signifier inconsciemment que mes énigmes n’étaient pas trop farfelues. Et comme pour confirmer cela, un vieillard sympathique nous voyant déambuler bizarrement accoutrés nous demanda si nous cherchions la maison de d’Artagnan ; l’homme, élégant en diable, nous indiqua où il nous fallait rendre.
Nous nous rendîmes ensuite au 14 de la même rue Servandoni où, histoire de rentabiliser le premier trajet, j’avais concocté une deuxième énigme, que d’ailleurs Camille ne put résoudre – gnark ! Au 14, donc, se trouve de superbes vantaux, avec deux médaillons plutôt énigmatiques, dont les meilleurs connaisseurs ne savent dire s’il s’agit de l’éducation d’un enfant, de la présentation d’un plan sur un chantier, ou que sais-je encore ; mais l’énigme ne portait pas sur ce point : elle s’intéressait bien plutôt à l’utilité de cette porte ; à quoi conduisait-elle jusqu’en 1806 ? Hé bien, lecteur ébahi, crois moi si tu veux, mais Camille sécha. Et toc !
Cette porte conduisait… à l’ancien cimetière de Saint Sulpice ; bon, il est vrai que la chose n’est guère bouleversante, et ne présente qu’un intérêt fort limité, mais tout de même, elle sécha. Pour se rattraper, surgit aussitôt la troisième énigme que, par une transition digne d’une médiation hégélienne, je reliais à la précédente en ces termes : à propos de cimetière (admirez la transition), dans le chapitre IV des Trois mousquetaires, d’Artagnan hérite en quelques minutes de deux duels, l’un avec Athos dont il heurte l’épaule et Porthos, dont il déchire le manteau. A quel endroit Porthos donne-t-il rendez-vous à d’Artagnan pour le duel ?
Camille pensa d’abord aux Carmes, mais il s’agissait du duel d’Athos. Un indice plus tard, elle se rappela qu’il s’agissait du Luxembourg, ce qui nous permit de nous rendre, en vertu de ma dilection pour la régulation du trafic automobile, au lieu dit.
Une fois arrivés dans le jardin du Luxembourg, nous fûmes aussitôt accostés par une policière qui vint s’enquérir de la raison d’être de nos costumes ; fête, bal ? Non, simple enterrement de vie de jeune fille. C’est fou comme un chapeau et un habit rouge brodé peuvent attirer la sympathie des forces des gens en général, des forces de l’ordre en particulier. Peu après, résonna la quatrième énigme, qui était certainement la plus facile de tout le parcours : de quel monument parle Martin Lister en ces termes ? « XXX est le plus achevé de tous les édifices royaux. Il est magnifique et bien dessiné, sauf les colonnes qui, formées de sections cylindriques alternativement sortant et rentrant, figurent assez bien la boutique d’un marchand de fromage. Cela sent le colifichet, mais il est difficile de s’en tenir à la simplicité antique sans la gâter par d’impertinents ornements… »[1]
Bien évidemment, Martin Lister évoque le palais du Luxembourg, l’actuel Sénat. Le coup de la boutique du marchand de fromage fut apprécié, disons-le franchement. Mais, n’y tenant plus, je décidai de sombrer dans mes petites obsessions, le symbolisme architectural. Et à ce petit jeu, le Luxembourg est un régal ! Si nous nous intéressons par exemple au pavillon central et à sa grande horloge, nous savons, historiquement, qu’il s’agit là du premier dôme que connut la capitale, mais ce n’est pas l’essentiel. Ce qui est plus amusant, c’est le choix retenu pour la décoration qui est, elle, particulièrement inspirée de thèmes plurimillénaires : ainsi l’horloge du dôme présente-t-elle une symbolique astrologique classique, dominée par deux allégories. D’où la cinquième énigme : que représentent ces deux allégories ?
Sur ce coup, Camille fut héroïque : en deux coups de cuiller à pot, elle trouva les bonnes réponses. A gauche, dit-elle aussitôt, nous avons l’Aurore, au front orné d’une étoile d’or, apportant la lumière avec une torche, et à droite, la nuit, l’éteignant avec un manteau de ténèbres. Admiration émue du groupe…
Alors continuons sur cette petite piste symbolique. Le jour et la nuit couronnant les 12 signes du zodiaque signalent que nous sommes face à un manifeste astrologique, ce qui, de la part de Marie de Médicis, ne saurait nous surprendre[2], bien que la pauvre n’ait profité de son palais que de 1625 à 1631, date à laquelle elle dut s’exiler avant de mourir misérablement en 1642 à Cologne. J’insiste sur le « misérablement » ; ça fait terriblement destinée tragique à tendance « résumé historique ». Bref, puisque nous avons un cadran astrologique, entouré du jour et de la nuit, il était inévitable que je cherchasse – miam – à développer le thème : si les allégories figurent bien le jour et la nuit, le soleil et la lune, il va nous falloir nous mettre en quête de la déesse de la lune et du symbole du soleil, et pour ce faire, nous allons devoir mener l’investigation dans le Jardin du Luxembourg et nous mêler aux manants désolants, promeneurs du samedi, amants bisouilleux, et autres mômes criards, ainsi que le déplorait déjà Nemeitz :
« le jardin du Luxembourg est situé dans un terrain plus élevé de sorte que l’air de la campagne a partout un passage d’autant plus libre. Autrefois, les personnes de condition ne s’y sont pas promenées fort souvent, ne pouvant pas souffrir le menu peuple qui y accourut en foule, surtout les dimanches et jours de fête : compagnie peu agréable aux honnêtes gens. Mais après que Madame de Berri eût [sic] pris sa résidence au palais du Luxembourg, les huissiers du roi prirent un peu mieux garde aux entrans et sortans, qu’ils n’avoient fait ci-devant. »[3]
En dépit de cet environnement pénible plein de « gens », l’énigme six fut lâchée : il fut demandé à Camille de trouver le nom de la déesse de la lune ouvrant le jardin du Luxembourg et de la localiser.
En une fraction de seconde, Camille donna le nom, à savoir Diane ou Artémis. Mais encore fallait-il la localiser… Quelque peu aidée, elle la trouva fort rapidement, et put constater, sans trop râler, l’importance du symbolisme lunaire au sein du jardin du Luxembourg.
Dans la foulée, fut proposée une sixième énigme bis, qui s’appuyait sur l’importance du symbolisme lunaire : il fallait que Camille déduisît le nombre de statues que contient le Jardin du Luxembourg. Et curieusement, elle sécha. Comme pour le cimetière de Saint Sulpice. Re-gnark ! Alors que les autres mousquetaires avaient trouvé, notre héroïne ne se rappelait plus de combien de jours était constitué lé cycle lunaire, ce qui d’ailleurs héroïsa davantage encore cette chère Camille, tant cela traduisait un détachement tout platonicien à l’égard du corps et de ses astreintes (comment ça, j’idéalise ?). Il fallut donc lui donner la réponse, à savoir 28 jours. Le jardin du Luxembourg étant réglé par un cycle lunaire, donc reposant sous les auspices du nombre 28, il était dès lors évident que le jardin contînt 28 statues, ce qui est effectivement le cas, toute montées sur un socle semi-circulaire, c’est-à-dire sur un croissant de lune…
Probablement échaudée par cette énigme non résolue, Camille râla pour la suivante, qui portait sur le symbolisme solaire ; n’oublions pas, en effet, que la façade du palais est à la fois gouvernée par le jour, donc le soleil et la nuit, donc la lune ; si nous avions identifié Diane, il nous fallait encore identifier le symbole solaire, ce dont douta fortement notre future mariée. L’énigme 7, qui portait donc sur l’identification du symbolisme solaire, ne trouva donc guère grâces à ses yeux. La réponse à cette septième énigme devait être cherchée dans les deux lions qui ouvrent le jardin du Luxembourg ; le lion est en effet l’animal solaire par excellence[4], que ce soit en astrologie où le lion est toujours associé au soleil (pour ceux qui doutent, cf. http://www.astro-hachette.com/initiation/signes-du-zodiaque/5-lion.htm), ou dans des situations plus concrètes : le lion solaire est, par exemple, l’emblème de l’Iran, à tel point qu’il en orna le drapeau, de 1576 à 1979. Et toc !
Ainsi, à la façade du palais du Luxembourg dédiée à un cycle astrologique, encadré par le jour et la nuit, le soleil et la lune, répondent la statue de Diane et les deux lions encadrant l’entrée des jardins. Si l’architecture a un sens, il se manifeste évidemment dans cette construction rigoureuse et rationnelle. Et si nous restons dans les cieux, nous pouvons lancer la huitième énigme : quel est le nom de la ligne imaginaire tracée sur la sphère céleste et projetée sur terre ?
A nouveau, Camille sécha alors que ses camarades mousquetaires avaient deviné ; décidément, et sans mauvais jeu de mots, notre héroïne est hermétique au symbolisme… Il s’agissait du méridien. En l’occurrence, se trouvait visé le méridien de Paris, défini le jour du solstice d’été de 1667, par les mathématiciens de l’Académie fondée en 1635 par Richelieu. Et cela nous amène à la neuvième énigme : A quelle œuvre monumentale, longue de 17 kilomètres, commandée à Jean Dibbets dans les années 90, répond cette description du commanditaire : « un monument imaginaire réalisé sur le tracé d’une ligne imaginaire » ?
Pas facile, cette énigme : pour aider un peu le groupe, j’amenai ce dernier à proximité de la réponse, dont la petitesse la rendait inaccessible à la plupart des parisiens, même avertis. Il s’agit en fait des 135 médaillons incrustés dans le sol parisien, célébrant le passage du méridien ; fort heureusement, un des médaillons passe par le Luxembourg. Et, toujours reliés à la symbolique astrologique, ils mesurent tous 12 cm de diamètre. Mais ce détail, je n’osai le signaler, de crainte d’être à nouveau la cible de lazzis infamants…
Nous remontâmes vers l’avenue de l’observatoire avant laquelle nous fûmes canardés par les appareils photos de quelques touristes bigarrés, anglais et japonais. Mais revenons à l’essentiel : si ce qui précède est exact, si le jardin du Luxembourg est bien dédié à un cycle astrologique, et dédié au rythme diurne et nocturne organisé par les astres, il ne serait pas surprenant que l’avenue de l’observatoire, située dans le même alignement que le jardin du Luxembourg, prolonge cette idée. Vérifions donc cette hypothèse en regardant ce que la ville de Paris écrit à propos de l’avenue de l’Observatoire : « Quand Davioud entreprend l’aménagement de l’avenue de l’Observatoire, en 1867, il matérialise la ligne idéale par une suite de colonnes et groupes sculptés figurant divers moments de la journée. Face au carrefour de l’Observatoire il avait prévu une fontaine terminale en forme de char d’Apollon (…). »[5]
Troublant, non ? Si le jardin du Luxembourg présente bien un manifeste astrologique rythmant les jours et les nuits, Davioud sembla très officiellement en reprendre le programme, que ce soit par la figuration des divers moments de la journée, que par le char d’Apollon, divinité solaire par excellence – que l’on songe à Versailles et à Apollon conduisant le char solaire. Dans ces conditions, il n’est guère étonnant de trouver la fontaine de Carpeaux venant parachever le manifeste, et représentant fort logiquement la révolution de la sphère céleste ; les animaux crachant de l’eau ne sont dès lors pas choisis au hasard :
- les chevaux, souvent liés à Apollon – que l’on songe à l’œuvre « les chevaux d’Apollon » de la grotte Thétys à Versailles – symbolisent la course du soleil dans le ciel.
- Les dauphins, eux aussi, se rapportent à Apollon, aussi bien étymologiquement puisque dauphin vient de delphis et se rapporte à Delphes, dont le sanctuaire fut fondé par Apollon lui-même, que par la tradition homérique, affirmant qu’Apollon prit la forme d’un dauphin.
- La tortue, enfin, symbole de la lenteur, signale la lenteur des révolutions célestes et astrales. La Grèce antique se plaisait en outre à figurer la voûte céleste sur la dossière de la tortue, ses quatre pattes symbolisant le pilier du monde.
Ainsi, la fontaine de Carpeaux offre-t-elle la réponse aquatique au programme de la façade du palais du Luxembourg : en plein dans l’alignement, au millimètre près, les symboles font sens : rien n’est laissé au hasard. Le manifeste astrologique du Sénat trouve sa réponse dans la fontaine de Carpeaux quelques centaines de mètres plus bas ; au rythme astrologique répond la révolution de la sphère céleste ; à la dominante lunaire du jardin répond la prépondérance solaire de la fontaine, symbolisée par les chevaux et les dauphins, tous deux symboles solaires, complétant ainsi la triade des animaux solaires inaugurée par le lion ouvrant les jardins.
Et pour qui en douterait, les douze symboles du zodiaque présents sur la façade du palais se retrouvent, sans exception, gravés sur le méridien du globe que porte l’allégorie des quatre races de l’humanité. Qui oserait encore parler de hasard ?
La suite au prochain épisode…
[1] Martin Lister, Voyage à Paris en 1698, Paris, 1873, p. 49
[2] Mon allusion, censée être cocasse, ne fut pas appréciée à sa juste valeur…
[3] Nemeitz, Séjour de Paris, c’est-à-dire instructions fidèles pour les voyageurs de condition, Leyde, 1727, p. 49
[4] En français, dans le texte…
[5] Action artistique de la ville de Paris, Le 6ème arrondissement, Paris, 2000, p. 90
Enterrement de vie de jeune fille de Camille : premiers frémissements
Tout commença par l’arrivée d’une Darling en mon humble domicile parisien, fraîchement montée de l’Orléanais, et bien décidée à exploiter toutes les richesses offertes par un soleil délicieux. Très vite, la femme sommeillant en Darling s’éveilla, et ce fut fort logiquement dans la salle-de-bain qu’elle se rua, déplorant une fois de plus le peu d’entretien dont celle-ci était l’objet. Sortant son fard, elle se confectionna une petite moustache fort seyante, agrémentée d’un bouc chatoyant, ce qui eut pour effet de la viriliser, et donc, de lui conférer une dignité que seule sait habituellement arborer la gent masculine. Ravie du résultat, et forte de sa nouvelle allure saturée de dignité virile, elle immortalisa à de nombreuses reprises le nouveau visage que lui offrait la magie du maquillage.
Amusé, je regardais tout cela d’un air plus ou moins distancié, histoire de me donner une contenance ; jetant de temps à autre un regard inquiet et jaloux à la petite Romy, je n’en surveillais pas moins l’heure du coin de l’œil, et très vite, nous partîmes, non sans que je ne fisse auparavant mon petit numéro de perte de ma carte de transport, histoire de me créer une petite frayeur motivante.
Quelques stations de métro plus tard, nous arrivâmes devant chez Camille, avec Clotilde et Christian que nous avions croisés sur le chemin. Une fois décodé le code de l’immeuble – oui, j’héroïse la chose – nous entrâmes dans le hall, et nous changeâmes sous le regard médusé d’une voisine que nous nous plaisions à imaginer interloquée. Clotilde avait confectionné de superbes habits de mousquetaires, marqués d’un C – comme Camille – que nous enfilâmes prestement, afin d’arriver vêtus devant la future mariée. Ainsi acoutrés, et au terme de cinq étages sans ascenseur, nous toquâmes à la porte de « celle-à-qui-était-dédiée-la-surprise », une première fois, puis une deuxième ; nulle réponse, la porte restait désespérément close. Pourtant nous avions croisé quelques instants auparavant un JS dévalant les escaliers assurant que sa promise était réveillée. Au troisième toc, Camille ouvrit : soulagement, joie, exultation !
Nous pûmes alors investir les lieux, faire rentrer Camille dans sa robe, et nous en profitâmes pour nous restaurer, déjeunant d’un brunch furieusement tendance : blinis, tomates cerises, petites saucisses, saucissons, etc. Quelques photos furent à nouveau prises, et la première énigme retentit enfin, couvrant tout le XIVème arrondissement de son aura de mystère :
Nous lisons dans Les trois mousquetaires cette phrase : « D’Artagnan entra donc dans Paris à pied, portant son petit paquet sous son bras, et marcha tant qu’il trouvât à louer une chambre qui convînt à l’exiguïté de ses ressources. Cette chambre fut une espèce de mansarde, sise rue des Fossoyeurs, près du Luxembourg. »[1] La question est simple : quel est le nom actuel de la rue des fossoyeurs ?
Camille hésita, demanda si c’était au nord ou au sud du Luxembourg ; je répondis qu’elle se situait au nord ; elle évoqua alors la rue de Vaugirard et la rue Servandoni. Je confirmai qu’une des deux rues était la bonne, et elle choisit aussitôt la rue Servandoni, ce qui suscita moult admiration parmi les mousquetaires, pourtant habitués aux coups d’éclat. Il ne nous restait plus qu’à nous rendre dans ladite rue, et pour ce faire, rien n’apparut plus pratique que le métro : nous reprîmes alors la ligne 4 mais, cette fois, vêtus de costumes de mousquetaires, sous le regard amusé de passants honnêtes, et d’une vendeuse de Lutte Ouvrière que nous n’eûmes guère le temps d’occire.
La suite au prochain épisode…
[1] Alexandre Dumas, Les trois mousquetaires, tome I, Hachette, 1983, p. 24
De l’inconvénient de croiser des êtres ostensiblement moraux : scène de la vie èratépiste.
Oui, je sais : ça fait plus de huit mois que je n’ai pas alimenté ce blog, et maintenant que je le réalimente, c’est encore pour râler et raconter ma vie : mais là, vraiment, il me fallait une thérapie verbale pour évacuer : c’est bien simple, si j’avais un tant soit peu éprouvé l’esprit citoyen, j’eusse réclamé « une-cellule-d’aide-psychologique »…
Cela s’est produit hier, dans le bus, le 21 pour être précis : après un entretien magnifique avec un ancien professeur de philosophie, et une longue errance sur les boulevards extérieurs afin de dénicher enfin cette introuvable boutique de farces et attrapes – hum… - du boulevard Kellermann parmi les tramways broutant leur gazon synthétique et les voitures bouffant le bitume, je parvins enfin à m’asseoir dans un bus vide, qui offrait avec bonhomie ses sièges à l’inimitable couleur vert-RATP. Epuisé de cette journée, je laissai aller ma conscience à quelques vagabondages diffus, sans prêter la moindre attention à mon environnement : quelques stations plus loin, le bus avait certes accueilli une masse non négligeable de voyageurs de type vaguement delanoësque, du genre « dans le bus, je valibus », mais mon esprit, brumeux, l’avait à peine remarqué.
Soudain, une voix désagréable et impérative résonne : « Monsieur, vous voulez bien vous lever pour laisser la place à ma mère. » Je lève les yeux, une femme, plutôt laide, du genre quadra castratrice frustrée à frange disgracieuse, me fusille du regard : je la regarde, je crois voir Fadela Amara en pire, je regarde sa pauvre mère et ma première envie est de lui répondre : « et votre mère n’est pas assez grande pour le demander toute seule ? », mais je rectifie aussitôt mentalement cette mauvaise pensée : « votre mère n’est pas assez vieille pour le demander toute seule ? » me dis-je intérieurement. Mais au lieu d’exprimer la voix de la raison, je ne peux rien sortir d’autre qu’une parole saturée d’un surmoi catho mal assumé : « oh oui, excusez-moi. » Et je me lève. Connement. Sous le regard ostensiblement outré des voyageurs, restés assis, qui, pour un peu eussent poussé l’hypocrisie jusqu’à balancer un discours sur les valeurs qui se perdent, et la civilité en déroute.
Debout, je repensais alors à la phrase de l’imbécile susmentionnée : la première chose qui m’intriguait était l’étrange nécessité qu’elle avait éprouvée à rappeler son lien de parenté avec la vieille personne : qu’elle fût sa mère ne constituait en rien un argument pour que je lui cédasse ma place ; qu’elle fût vieille en était un nettement plus sérieux. Si donc elle avait éprouvé le besoin de préciser son lien de parenté, d’un ton très appuyé, c’était d’abord pour hurler à la face du monde, qui s’en foutait d’ailleurs, à quel point elle était une bonne fille, une fille morale et aimante. Il lui fallait appuyer sa demande impérative de tout le poids moral de la fille soucieuse du bien-être des anciens, endossant péniblement tout le dévouement ostentatoire dont elle était capable.
Cette fille dévouée m’apparut alors dans toute son horreur : elle était morale, mais morale au sens insupportable de visiblement morale. Le genre de femmes qui a monté une association, qui aime le Bien, et qui organise des collectes pour les plus démunis, non pas tant pour aider les pauvres que pour dire qu’elle aide les autres et vomit le mal. Et cette femme, en requérant mon siège, ne me demandait pas un service, ni ne sollicitait de ma part un acte fraternel ; non, elle me lançait une condamnation morale, infiniment insidieuse parce qu’implicite, opposant la pureté de sa dévotion filiale hurlée à la face de tous à mon égoïsme coupable et odieux, devenu l’espace d’un instant le symbole de l’indifférence de toute une époque à l’égard de la souffrance d’autrui. Et dans cette condamnation morale, elle éprouvait, elle, sa propre pureté, qu’elle humait avec jouissance face au salaud qu’elle avait en face d’elle et dont le dégoût qu’il lui inspirait, décuplait l’estime qu’elle avait d’elle-même.
Lorsque je me levai, je n’entendis nul remerciement, bien évidemment : pourtant, rien ne m’obligeait à céder à son injonction ; je n’occupais pas de place prioritaire, je portais trois sacs, dont un fort encombrant de déguisement, et j’étais épuisé. Mais elle ne remercia pas ; pas même par un sourire. C’est que dans sa petite tête de redresseur de torts patentée, c’était à moi de la remercier de retrouver, grâce à elle, le droit chemin. Cet immense « tu dois » qu’elle incarnait sottement me faisait, à ses yeux aigris, retrouver la rationalité de la loi morale dont un moment – passager – de fatigue m’avait hélas éloigné : c’était presque à moi de la remercier, car elle m’offrait la grâce d’adopter ostensiblement un comportement moral : quoi de plus ostentatoirement moral, en effet, que de céder sa place à une vieille ? Elle m’offrait la rédemption sociale – donc aujourd’hui morale – et je me devais de lui savoir gré. Et chez ces êtres du premier degré cernés de moisissures d’esprit de sérieux, nul sourire ne saurait plus éclore sinon celui de la satisfaction malsaine d’avoir obtenu la condamnation d’un semblable. Et si vous en doutez, mordez donc les pognes d’un Michel Onfray qui n’en finit plus de déprimer sous son masque déchiqueté d’hédoniste théorique, ou de tout indigné de service, venu hurler sa haine du monde à la face de ce même monde qui l’accueille pourtant si volontiers chaque soir entre Guy Bedos et Mustafa el Atraci.
Et là, le vieux Kant m’apparut dans toute son horreur : ce « tu dois » oppresseur qui est, seul, source de moralité, me parut haïssable : immanent ou transcendant, le « tu dois » ne dessine pas les contours d’une moralité réelle, il ne fait que dessiner la cage hideuse de « l’être-en-faute ». Si j’avais vu cette vieillarde chancelante face à moi, je me fusse aussitôt levé pour lui céder ma place, non pas pour des motifs moraux, mais par simple sentiment d’humanité ; cela eût été spontané. Sa fille imbécile, m’intimant l’ordre de me lever, transforma ce qui eût été spontané en dénonciation morale, en contrainte déplaisante ce qui eût été accompli par altruisme véritable. Je repensais alors aux ahurissants propos de Kant, affirmant qu’aider un ami parce qu’il est un ami ne pouvait être un acte moral, et devait donc être banni au profit d’une contrainte bien plus désagréable, donc plus morale ; et je revoyais cette fille ostensiblement aimante comme une Kant dévoyée : non seulement elle rejouait le coup de la contrainte, mais en plus elle la retournait contre autrui au lieu de se contenter de se l’appliquer à elle-même. Qu’une poignée de fous cherche à s’appliquer à soi-même les contraintes de la loi morale kantienne, voilà qui prête à sourire ; qu’une infinité de connards retourne la contrainte morale vers autrui, voilà qui soulève l’indignation de la raison et le refus du cœur.
Je rouvrais alors ma besace et en tirai ce si beau livre, Apologie de l’indifférence, dont je venais d’interviewer l’auteur, et je retrouvai en quelques instants cet inexprimable parfum de liberté dont cette navrante fille ostensiblement dévouée m’avait, un instant, fait entrevoir toute la précarité…
Crèchua : Portrait du Christ en SDF du canal Saint Martin…
Je dois dire, après quelques mois d’enseignement, que mon lycée m’a réservé bien des surprises ; après une épique rencontre au sommet avec les Warriors en un caniculaire dimanche d’août à la toujours très accueillante Gare du Nord où j’annonçais successivement que j’allais enseigner la philosophie à des classes technologiques – pause – le vendredi après-midi – pause – à Saint-Denis – pause – dans le 9-3 – stupeur – le temps avait passé et le moins que l’on pût dire était que tout se passait pour le mieux. Certes, quelques désagréments annexes, comme les conditions effroyables de transport dans la ligne 13 ou les journées pédagogiques à répétition ternissaient – et ternissent encore – quelque peu mon humeur habituellement badine et débonnaire, mais dans l’ensemble on ne pouvait que trouver un plaisir immense à enseigner dans un tel lycée.
Et puis il y eut jeudi dernier ; plus qu’une rencontre, une révélation ! Après deux heures de transport éprouvants de Saint Germain en Laye, lieu de l’innommable IUFM, à Saint-Denis, je découvris, en entrant, la crèche de Noël concoctée avec amour par notre cher établissement. Oh non pas, bien sûr, la crèche classique, habituelle, avec la petite cabane en bois et le papier kraft étoilé ; non, trop classique, trop banal, pas assez engagé, trop bourgeois. Alors il y eut l’idée de génie, l’idée qui allait réconcilier l’aspect chrétien et l’aspect social de la chose ; non pas un Christ chrétien, mais un Christ citoyen, un Christ qui-se-sent-concerné-par-la-misère-du-monde. Et pour ce faire, quoi de mieux qu’une crèche montée dans une Tente Quechua ?
Une tente Quechua… Vous riez, vous riez, mais c’est que la gestion d’un établissement suppose de la diplomatie ma bonne dame ; dans un bahut où la majorité des élèves ne sont pas chrétiens, mais dont les parents payent malgré tout des droits d’inscription importants, il serait préférable de ne pas choquer ; et une crèche en plein air, mine de rien, ça discrimine l’espace visuel pour les non-chrétiens. Et puis, et puis…
la HALDE veille, alors certes on est catho, mais très raisonnablement : pas de faux pas ! Le Christ on l’expose mais a minima ; on célèbre sa naissance mais pour mieux en occulter sa dimension religieuse : cachez cette divinité que je ne saurais voir…
Alors, puisqu’il faut bien avoir une crèche, on fait appel à la dernière véritable sphère du sacré en France, le social. Baudrillard, dans un superbe ouvrage hélas épuisé, avait analysé ce parallèle entre la désacralisation du divin et la sacralisation du social ; le néo-socialisme a pour ambition, disait Baudrillard, de transformer la société en social : l’être lui-même a reçu l’injonction de se faire social dont la forme la plus rabâchée est celle de la solidarité. « Tout le discours sur le social, écrivait Baudrillard, est aujourd’hui tournoyant, car il équivaut à dire : la solidarité vous tiendra lieu de tout le reste. »[1] On ne saurait mieux dire ! Et cette solidarité qui vous tient lieu de tout le reste, c’est cette tente Quechua, symbole de solidarité avec les sans-abris, tenant lieu de spiritualité.
Le Christ ne sera pas le Fils de Dieu venu sauver les hommes, mais bien plutôt le Fils du Dieu social venu aider les victimes-des-nouvelles-précarités. On ne célèbre pas cette naissance miraculeuse, annonciatrice de la rédemption, mais on s’extasie devant le symbole d’un Christ venu pour les exclus et les petits. Lui-même humble parmi les humbles, le Christ pousse la bonté jusqu’à se confondre avec ceux qu’il est venu sauver, en invitant non plus au recueillement – luxe bourgeois – mais bien à la solidarité par laquelle seule le salut sera acquis. La réflexion sur le salut de l’homme se trouve ainsi absorbée par le social qui ne souffre nulle extériorité ; le social est tout, et ce qui n’en est pas perd son droit à être ; la venue du Christ devrait, en toute logique, inviter les croyants à penser leur foi et approfondir leur rapport à la sotériologie. « Au lieu de cela, écrit Baudrillard dans une phrase fulgurante, il faut que rayonne le social dans son enchaînement lumineux, transparent, contractuel, démocratique. »[2]
Alors ce Christ social, ce Christ-citoyen, qui n’a de justification que sociale, se trouve investi d’un imaginaire lui-même social, et exclusivement social. On l’imagine en Jean Rochefort sortant une tête inhabituellement grave de sa tente Quechua quittant l’espace d’une nuit son douillet appartement pour partager le quotidien difficile de ces sans-abris afin de gueuler à la face du monde pétrifié que dormir dans la rue, c’est dur, merde, quoi !
On l’imagine en François Hollande notre Christ, hurlant devant les micros qu’il « n’aime pas les riches », indigné que l’on puisse encore croire au XXIè siècle que Dieu souhaite sauver aussi ceux qui ont un toit. Non, le Christ n’est venu que pour les humbles, les défavorisés, les sans-rien (les sans-droits, les sans-papiers, les sans-abris, rayez la mention inutile) et cette crèche-tente en témoigne : le Christ n’est pas le Fils de Dieu mais bien plutôt le symbole des exclus ; comme eux, il souffre, et il n’est jusqu’à sa naissance qui ne témoigne de cette précarité sociale insoutenable.
On l’imagine encore jouant le rôle d’un animateur social généreux et révulsé par la misère sociale dans un téléfilm de Bertrand Tavernier commandé par le service public ; il serait né d’une mère juive et d’un père arabe, et ce beau métissage signalerait avec la subtilité d’un pachyderme dans une boutique de porcelaines la vanité du conflit israélo-arabe.
Mais ce en quoi on ne l’imagine pas, ce Christ né dans une tente Quechua, c’est en fils de Dieu, venu enlever le péché du monde…
[1] Jean Baudrillard, La gauche divine, Grasset, 1985, p. 96
[2] Ibid. p. 103
Ahmad Jamal à Orléans : merci à Elise !
Ouahoh les amis ! Vous savez ce que Darling m’a offert ? Une place pour un concert d’Ahmad Jamal ! Bon alors forcément, j’ai mis du temps à dire « oui », histoire de me faire désirer, et puis aussi pour faire croire que j’ai une vie bien remplie. Bref, après avoir tenté de créer un semblant de suspens, voire de susciter une attente de la part de ma chère Darling, j’ai finalement accepté – au terme d’une rocambolesque histoire de réunion pour la prépa sciences-po, mais c’est une autre histoire… - et, dimanche 7 décembre, par une matinée ensoleillée quoique brumeuse, je me retrouvai dans un train Corail, saturé de nostalgie et de compartiments désuets, plus ou moins kitschement restaurés selon le goût effilé de notre époque qui n’en finit plus d’être contemporaine.
Donc après une petite heure d’un voyage étonnamment dénué d’imprévus et d’encombres, j’arrive à Fleury où m’attend Miss Darling, la tête fièrement vissée sous une casquette dont je ne cesse de louer le caractère Gavroche malicieux. Nous dégustons de délicieuses galettes bretonnes, avant de nous rendre, le cœur au vent, dans un hangar métallique (pléonasme ?) où se trouvent de magnifiques porcelaines à prix réduits, à faire pâlir tout limousin bien né, ce que nous ne sommes d’ailleurs pas. Après quelques emplettes réjouissantes – j’ai d’ailleurs pu trouver deux assiettes d’un snobisme que concurrence seul mon long manteau noir Pierre Cardin que je mets un point d’honneur à ne jamais fermer, fût-ce par -50° - nous revenons chez Elise, qui me cuisine avec amour – si j’ose dire – de l’autruche.
Après cette autruche snob – que pour un peu nous eussions dégustée dans les tasses à café que Darling venait d’acquérir pour une somme lamentablement modique au vu du prestige social qui devrait en résulter – nous repartons pour Orléans, dans une Fiat Punto conduite avec aisance et détermination par ma chère Elise. Quelques pas sur le bord d’une Loire romantique préfigurent de façon plaisante le concert qui vient. Bon, bien que je sois chauvin et parisianiste, au risque de me taper la honte en soutenant le PSG, je dois reconnaître que la Loire est bien plus belle que la Seine, et qu’il serait probablement bon de détourner la Loire pour la faire passer à Paris, afin de donner un peu de gueule à notre chère capitale. Enfin moi je dis ça, je ne fais que conseiller hein… Bref, après cette délectable promenade, nous nous engouffrons – car il faisait assez froid – dans le café du théâtre où, générosité aidant, j’offre à Darling un macaron paraît-il succulent. Puis, les tasses se vidant, nous quittons nos chaises afin de nous diriger avec excitation vers la salle où doit se produire Mister Jamal.
Ahmad Jamal, pour ceux qui ne connaîtraient pas, c’est un de mes dieux. Ok, ça ne vous aide pas vraiment à en avoir un portrait plus précis, mais, pour résumer, le trait le plus marquant de ce personnage me semble être qu’il est pianiste. Bon allez, pour ceux qui ne connaîtraient pas, afin de dissiper la honte légitime qui devrait vous monter aux joues, voici quelques échantillons.
Hier, ce fut, comment dire, magique. Un toucher exceptionnel, un swing hors du commun, une jeunesse hallucinante pour ses 78 ans. Son jeu est magnifique, subtil, extraordinairement balancé ; il saute d’un ton à l’autre, d’une gamme à l’autre, au point de parvenir à ce que Jazzman appelle la « dialectique du pianiste » ; en une fraction de seconde, les sons graves et appuyés se muent en un effleurement cristallin et poétique ; la puissance passe dans la sensualité, avant que cette dernière ne se fasse malice. A peine la salle se laisse-t-elle emporter par le démon du rythme que Jamal change d’octave, et sautille vers une nuance intimiste, que seuls viennent gâcher d’interminables toussotements d’un public parfois pénible. Une telle poésie ne devrait pas se partager à plus de deux.
Si l’on ajoute à ce génie de la maîtrise du piano un regard coquin qui le fait jouer avec ses partenaires (James Cammack, James Bohnson et Manolo Badrena) au point d’improviser à de nombreuses reprises l’accompagnement, on ne peut que sortir de ce moment de grâce ébloui, et comme transporté par tant de beauté et de générosité. Après une standing ovation, Jamal nous offrira en effet, en reprise, deux morceaux sublimes qui comblèrent le public. Près de deux heures de grâce à l’état pur nous furent ainsi offertes et je remercie infiniment Darling de m’avoir convié à ce bel événement.
Amboise tour V : Chaumont
Le dernier jour à Amboise fut celui de l’hésitation ; que faire avant le départ du train ? Quel château visiter ? Une certitude et une seule : il me fallait retourner une troisième fois ( ! ) au Clos Lucé acheter des cartes postales de dessins de Léonard. Nous le fîmes, non sans avoir un peu vadrouillé dans Amboise avec le poids de la fatigue des deux jours écoulés, où nous trouvâmes essentiellement des touristes se plaignant de la présence des touristes et des gens.
Nous repartîmes donc une fois de plus au Clos Lucé, nous achetâmes nos petits souvenirs plus ou moins idiots, et nous revînmes au centre ville, où enfin nous pûmes tester le restaurant chaudement recommandé par notre hôtel, l’Epicerie (46 place Michel Debré) Hé bien nous ne fûmes pas déçus. Si si ! Pour une vingtaine d’euros, on y mange excellemment ! que ce fût la daurade – plat féminin paraît-il – de Marie, ou mes rillons, je crois pouvoir dire que nous nous régalâmes allègrement, jusqu’au dessert qui, enfin, s’avéra délicieux. Donc pour ceux qui auraient envie de très bien manger, lors d’un ptit séjour à Amboise, Marie et moi vous le recommandons sans réserve, et nous en profitons pour rappeler l’adresse : l’Epicerie, 46 place Michel Debré. (Nous ne possédons aucune action dans ce restaurant mais si vous y allez, vous comprendrez le plaisir que nous y avons pris…)
Après ce suave repas et quelques cartes postales rédigées, nous retournâmes chercher nos affaires à l’hôtel, non sans avoir cherché en vain – mais avec opiniâtreté – un bonnet aux armes et nom de la ville d’Amboise pour un mister B que la décence m’interdit de nommer. Puis nous nous dirigeâmes vers la petite gare où nous étions arrivés l’avant-veille, avec un dernier regard vers le château lors du passage sur le pont séparant les deux rives. L’inscription avait été effacée de la vitrine du charcutier, et nous patientâmes de longues minutes sur le quai de la gare, le train accusant un retard d’une vingtaine de minutes, sans que la moindre information ne nous explique le pourquoi du comment, ni même le comment du pourquoi. SNCF, à nous de vous faire préparer la voiture…
9 minutes plus tard, nous arrivions, chargés comme des mules, en gare d’Onzain, petite ville où se trouvait le château de Chaumont, château que Marie, un peu comme une vengeance par rapport au vélo, avait unilatéralement décidé de visiter. Un peu fatigués, nous quêtions du regard une quelconque indication géographique quant à la direction à prendre pour trouver le château, quand nous décidâmes de demander conseils à deux femmes indigènes, fort aimables : ces dernières, voyant notre probable piteux état, nous prirent en affection et se proposèrent de nous amener en voiture au lieu recherché. Nous acceptâmes, et, au fur et à mesure que nous roulions, nous nous décomposions silencieusement en songeant au retour, tant paraissait interminable ce chemin reliant la gare au château.
Arrivés aux pieds de l’imposante bâtisse, nous remercions nos adorables accompagnatrices, achetions une bouteille d’eau, rassemblions nos nombreux bagages, et nous préparions psychologiquement à affronter les quelques marches menant au château ; « plus de dix minutes de montée », nous assura la préposée aux billets, avec un sourire mi-sadique, mi-compatissant. Je regardai Marie d’un air qui se voulait culpabilisateur, mais « femme dispose », donc nous montâmes, sous le soleil et les sacs. Arrivés au terme de l’ascension, Marie avait perdu son billet, qu’elle retrouva finalement au fond de son sac, et nous pûmes donc, après avoir abandonné nos bagages à une employée, découvrir les caves du château où avait lieu une exposition d’un « artiste contemporain », paraît-il fort illustre, Jannis Kounellis.
Je cite le prospectus, par pur mauvais esprit : « Jannis Kounellis est l’invité du Château de Chaumont-sur-Loire pour une durée de trois ans. Figure majeure de l’art contemporain depuis la fin des années 1960, Jannis Kounellis est l’un des représentants phares de l’ « arte povera ». » Bon, ce qu’il faut toujours avoir en tête avec l’art contemporain, c’est qu’on ne dira jamais d’un artiste qu’il est bon, doué ou génial, on dira qu’il est une « figure majeure », ou « très en vue », c’est le premier principe de base, et à ce petit exercice, Kounellis est très très contemporain ; l’œuvre importe moins que la reconnaissance, la qualité s’efface devant le mondain. Que fait donc cet illustre personnage ? « Révélé dans les années 1970, il a bâti une œuvre immense, nourrie de sacré et de mystère, qui associe peinture, sculpture et architecture. » Il est vrai que Kounellis met du sacré partout ; dans les toilettes, par exemple, où sur un fond exquis de carreaux en faïence, il place un poteau boisé au bout duquel pendouille une cloche ; on reste sans voix.
Et que dire également de la cave où son génie s’exprime par ces deux gros sacs gris pendouillant mollement au plus près du sol ? L’émotion étreint, quelque chose comme la présence du divin susurre à qui sait se rendre attentif ; l’homme normal, lui, pouffe.
Après ce regrettable moment de pitoyable bouffonnerie cultureuse, nous pûmes visiter les autres pièces du château, achevé en 1510, et devenu objet de transaction entre Catherine de Médicis et Diane de Poitiers, lorsque la mort d’Henri II contraint cette dernière à céder Chenonceau et accepter Chaumont en compensation. Toutefois, l’intérieur fut aménagé par la famille de Broglie au XIXème siècle, dans un style gothique ou Renaissance, le mobilier ayant donc été acheté a posteriori.
La salle du conseil est particulièrement réussie, grâce au rachat par les Broglie d’un carrelage majolique provenant de Palerme, absolument somptueux ; les restaurations récentes ont mis en pleine lumière cet extraordinaire carrelage, et c’est certainement la pièce la plus surprenante de ces lieux.
La chambre de Catherine de Médicis, bien moins imposante qu’à Chenonceau, n’en présente pas moins une jolie collection de médaillons, ainsi qu’un portrait de Miss Catherine.
Enfin, en sortant du château, de grandioses écuries peuvent être visitées, bien qu’elles datent de 1877, et révèlent bien plus la vie mondaine des Broglie qu’une quelconque activité renaissante ou classique.
Après cette visite, qui nous fit rater un train, il nous fallut repartir, à pieds cette fois, vers la gare ; redescendre les marches, traverser un pont immense, se perdre dans les petites rues de la ville, regarder frénétiquement sa montre, telles furent nos ultimes activités lors de ce petit périple, commencé dans le 37 et achevé dans le 41, auquel la dernière note de ce blog rend un hommage sous forme de private joke… (non, ce n'est pas le coup des trains qui roulent à gauche en France…)
Amboise tour IV : Chenonceau
Après une nuit assez courte, entremêlée de bruits de tuyauterie plutôt mal venus vers 5h00 du matin, nous tentâmes un réveil, qui nous mena tout droit au petit déjeuner (meilleur petit déjeuner de France, dit-on, ceci étant une private joke). De concert avec moi-même, je décidai que nous irions à Chenonceau en vélo, idée qui fit l’effet d’une progressive décomposition sur Marie ; pour la rassurer, je demandai à l’office de tourisme, indispensable lieu de vie de l’estivant, s’il y avait le moindre danger. Bien mal m’en prit, la préposée dressa un tableau apocalyptique du trajet, qui eût certainement découragé Jean Sans Peur en personne. Marie, qui n’avait pas pratiqué le vélo depuis une quarantaine d’années, craignait que le voisinage des camions sur l’autoroute ne la troublât. Le moment était idéalement choisi pour affirmer – ou plutôt réaffirmer – mon autorité de mâle incorruptible, et nous partîmes donc le cœur joyeux, surtout moi, à l’assaut des routes vallonnées de l’Indre et Loire.
Après un indispensable arrêt au Clos Lucé où, intelligemment, j’achetai deux gros livres de Pedretti, lestant ainsi mon sac et rendant le franchissement des côtes plus pénible encore, nous nous retrouvions dans une adorable forêt, fraîche et humide, où bien évidemment, faisant la course en tête grâce à de puissants mollets exercés à monter chaque jour la montagne Sainte Geneviève, je laissai passer la bifurcation vers le chemin idoine, et entraînai ma partenaire d’infortune sur la mauvaise route. Malgré ce drame, quelque vingt minutes plus tard (qui nous semblèrent interminables), nous arrivâmes à bon port, et garâmes nos montures avec élégance. Chenonceau était à nous.
La première chose qui vous prend à la gorge, lorsque vous arrivez en pareils lieux, ce n’est pas, justement, le lieu, mais ceux qui l’occupent ; Chenonceau est pareil à une gigantesque fourmilière où de gros moustachus dégustent une glace tandis que leurs gracieuses épouses à teinture rougeâtre giflent le petit dernier, coupable d’avoir révélé son profond ennui. Ca hurle, ça braille, ça crie, ça téléphone, et ça photographie ; une débauche de photos : combien de touristes entrent-ils dans une pièce, immortalisent un blason, et ressortent aussitôt, soulagés de n’avoir pas à rester une seconde de plus mêlés aux « gens », toujours trop nombreux, dans un endroit où chacun souhaiterait être seul, bien entendu. Nous n’échappions pas à la règle, encore que nous n’avions emporté ni mômes, ni glaces, et que nous ne disposions que d’un seul appareil photo : touristes médiocres, certes, mais humains racés néanmoins, non mais sans blague !
Afin d’éviter temporairement la foule, je suggérai avec malice de ne pas entrer directement dans le château, mais de commencer par flâner dans les jardins, afin de visiter le bâtiment lorsque « les gens » prendraient leur repas, oubliant un peu vite que nous aussi, nous allions devoir manger. Donc nous baguenaudâmes gaiment, le long des rives du Cher, si je ne m’abuse mon cher Docteur (c’est plus drôle à l’oral), d’où la vue sur les façades était rien moins que splendide. Cf. photos gracieusement fournies par l’auteur.
Bien vite la faim nous assaillit : une sorte de self-restaurant était prévu à cet effet, et nous patientâmes vingt bonnes minutes au bout d’une queue dense, sous un soleil qu’en d’autres temps j’eusse qualifié d’effroyable. Un melon insuffisamment mûr servit d’entrée et nous prîmes des hamburgers maisons, cuits sous nos yeux, en une vitesse éclair, à tel point que l’on se prit à douter qu’ils le fussent – cuits. Du reste, ils ne l’étaient pas. Moins gras donc moins bons qu’au Mac Donald, ils présentaient toutefois le vif avantage de respecter l’impératif contemporain de traçabilité, ce qui présenta un aspect consolateur non négligeable. Quelque peu accablés par la fatigue du vélo, et l’obstination presque insolente du soleil, nous restâmes de longues minutes à l’ombre du parasol salvateur, sous lequel nous guettions les enfants dont le physique laissait entrevoir des doutes quant à la paternité réelle du père officiel. Peine perdue, nous nous révélâmes plutôt mauvais à ce jeu, que nous décidâmes d’abandonner rapidement.
Le cœur gonflé de courage et du souvenir du prix du billet, nous retournâmes vers le château et fendîmes la foule d’un air décidé. Après avoir passé la lourde porte peinte et sculptée, nous pénétrâmes la salle des Gardes, intéressante par les restes de majoliques. Et autant nous pleurâmes devant la déco kitschissime du Clos Lucé, autant celle de Chenonceau nous émerveilla. Nulle tentative anachronique ni décors de carton-pâte ne défiguraient les lieux, ruisselant de tapisseries superbes et de rumeurs diverses. (les photos sont prises sans flash, d’où le caractère flouté de celles-ci)
Ainsi la Cheminée dans la chambre de Diane de Poitiers où les initiales de Catherine de Médicis et d’Henri II s’entrelacent afin de former un D, s’avère-t-elle porteuse d’un symbolisme intéressant ; l’extraordinaire cabinet vert, cabinet de travail de Catherine de Médicis, comporte pas moins de 8 toiles de maîtres, dont deux Tintoret, un Véronèse, un Poussin, etc. La pièce est certes un peu surchargée, mais sans que cela ne nuise trop fortement à la beauté de l’ensemble. La librairie adjacente contient un Corrège, un Bassano et moult autres petites toiles ou gravures, toutes aussi gracieuses les unes que les autres.
On trouve dans la chambre de François Ier une cheminée superbe, ainsi – et surtout – qu’un cabinet de travail italien, incrusté den acre et d’ivoire, gravé, dit-on, à la plume… C’était le cadeau de mariage de Marie Stuart… Un tableau de Van Loo, les trois grâces, représente les demoiselles de Nesle, sœurs de Louis XV. Le tableau n’est pas extraordinaire en lui-même mais s’inspire visiblement d’un topos renaissant, la ronde des trois grâces, conférant à la pièce une sorte de fluidité et de légèreté exceptionnelles.
Le salon Louis XIV, moins harmonieux que la chambre de François Ier, mais plus luxueux, propose un cadre hors du commun d’un portrait du roi par Lepautre, ainsi qu’une petite console tout à fait remarquable. Le salon devint au XVIIIème un lieu philosophique incontournable, Rousseau y rédigeant l’Emile, sous le haut patronage de Louise Dupin, aïeule par alliance de la regrettable Aurore.
A l'étage supérieur se trouve une impressionnante concentration de femmes de pouvoir, dont les chambres évoquent la Reine Margot (épouse d’Henri IV), Marie Stuart, puis Catherine de Médicis, Gabrielle d’Estrées et bien d’autres encore.
En sortant de cet illustre château, nous sommes encore sous le charme de ses splendeurs et de ses secrets d’alcôve sur fond de rivalités qu’on imagine féminines, et les jardins qui nous attendent achèvent de réjouir le plaisir visuel. Assis sur un banc ombragé, nous nous reposons après cette magnifique mais épuisante visite, avant de nous décider à reprendre la route, en vélo. En retournant vers nos écuries à bicyclettes, nous faisons un petit détour par le labyrinthe de deux mille ifs, à l’issue duquel trônent quelques imposantes cariatides, sur lesquelles je ne dirai rien, parce que le guide n’en « cause » pas, comme dirait Camille.
Le retour en vélo fut tout aussi grotesque que l’était le kitsch du Clos Lucé ; prenant les petits sentiers cyclables, nous dûmes traverser des zones rurales, c’est-à-dire canées, et nous dûmes faire face à l’angoisse de nous faire poursuivre par des chiens aux babines peu avenantes ; interrompant notre périple, nous nous arrêtâmes devant deux molosses, dont nous ne parvenions pas à voir si les portes censées les maintenir éloignés étaient fermées. Nous savions ce qu’il ne fallait pas faire, nous le fîmes. Nous arrêtant, hésitant, repartant, puis revenant, nous ne fîmes que les exciter, avant que je ne me décide à demander à Marie de passer la première, ce qu’elle fit… Elle passa sans encombres, je lui emboîtai alors le pas, remarquant que la porte était en fait poussée et non fermée, si bien que les deux sales bêtes coupables de pollution sonore réussirent à entr’ouvrir la porte exactement au moment où je passai. Nous accélérâmes et arrivâmes en vie à l’hôtel.
Marie m’ayant appris que j’avais réussi un concours grâce à l’intercession de la toujours parfaite Wobew, elle décida d’aller au restau pour fêter tout ça, mais les terrasses étaient pleines, et ne pouvant nous rendre à l’Epicerie, restaurant recommandé – à très juste titre – par l’hôtel, nous dûmes nous contenter d’une petite table, non pas mauvaise, mais moins délectable que celle escomptée. Une fois encore, le dessert fut décevant, et nous rentrâmes épuisés, zoner devant l’île de la tentation…







































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